DEMOCRATIE DES HOMMES, DEMOCRATIE DES LOUPS
By: A.Benhima -_-_-
S’il est facile d’usurper le pouvoir par la force des armes ou par l’artifice des fraudes, il devrait, en principe, être plus difficile de s’y maintenir. Aujourd’hui, la communauté internationale dispose d’institutions qui ont pour mission de défendre l’ordre et la légalité, partout et à tout moment. Elles peuvent exercer des pressions économiques, politiques et même intervenir militairement pour rétablir la discipline. De nos jours encore, la culture des droits de l’Homme a imprégné tous les peuples et les a dotés de moyens pour faire respecter leur volonté et leur choix.
L’expérience des dernières décennies a malheureusement démenti cette règle. Plusieurs tentatives démocratiques ont lamentablement échoué et leurs violeurs ont bénéficié de silence complice, de déclarations ambigües, propres aux complaisances diplomatiques, voire d’appuis et d’encouragements, sous des prétextes divers mais tous moralement condamnables. Pour ne mentionner que des cas récents, citons ces exemples.
D’abord, l’Algérie à la fin des années 80 où le FIS (le Front Islamiste du Salut) allait remporter, avec une nette majorité, les élections législatives quand l’armée a brutalement intervenu pour annuler l’opération et s’accaparer le pouvoir. On connait la suite. Une décennie entière de violences meurtrières. Il est vrai que les islamistes radicaux justifient la méfiance mais les militaires du FLN (Front de Libération Nationale) n’inspirent, non plus, aucune confiance. Pas une nation n’a, au demeurent, condamné cette triste bavure ou désigné l’Etat algérien comme coupable ou illégitime.
Ensuite, il y a eu le cas de la Palestine, lorsque le 26 Janvier 2006, le Hamas a obtenu 56% des voix aux élections législatives. Contrairement à toute logique, plusieurs pays occidentaux, USA en tête, ont décidé de boycotter le gouvernement né pourtant d’une opération indiscutablement régulière.
Cela s’est encore reproduit en Mauritanie le 26 août 2008 lorsque le général Mohamed Ould Abdelaziz a renversé le premier président civil élu selon les règles des meilleures démocraties au monde contemporain, Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Aujourd’hui, le troupier trône sur le pays sans crainte et sans souci. Il est reconnu et agréé par la communauté internationale. Quant au président légitime renversé, aucun pays, aucune institution, aucune association ne s’en soucie plus.
Le même scénario s’est enfin, répété en Egypte le 30 juin 2013 lorsque la junte militaire de Al- Sissi a renversé traitreusement le président civil élu. La communauté internationale est restée lâchement évasive. Seul, le chef de la diplomatie américaine a été direct et a déclaré, au mépris de la majorité électorale égyptienne, que selon lui « l’armée militaire avait déposé le président Mohamed Morsi, début juillet, dans le but de rétablir la démocratie. »(1)
D’autres élections dans des pays non arabes et non musulmans ont amené des régimes dangereux, radicaux et des présidents vite décriés. C’est vrai, on a lu quelques critiques, on a même vu quelques manifestations d’hostilité mais on n’a pas vu de coup d’Etat et on n’a été témoin d’aucun boycott. C’est le cas, aux USA, du président G. Bush junior. Un psychopathe notoire qui a réduit, sur simple soupçon, en ruines deux pays, l’Afghanistan et l’Iraq et qui a accolé à son pays une horrible réputation de raciste et de hors la loi. Il a massacré des milliers de civils et laissé, à la place de civilisations millénaires, désolation, ruines et guerre civile. Personne n’a interrompu ses mandats. On pourrait citer Netannyahou en Israël ou Aznar en Espagne et d’autres. Dans tous ces pays, les règles de la démocratie des urnes ont été préservées et respectées.
La liste, non exhaustive, de ces dérives dans l’histoire contemporaine, nous interpelle et nous contraint de tirer des conclusions évidentes et des leçons dures.
La première de ces leçons est que, contrairement à ce que nos braves professeurs nous ont enseigné, l’humanité n’est pas une entité homogène (2). Force est de constater qu’il y a l’humanité qui a droit à tous les avantages, y compris le droit à l’impunité. Il y a une autre humanité, celle qui a systématiquement tort, qui est systématiquement coupable et qui n’a que le devoir se subir, de suivre et de se taire.
La deuxième de ces leçons est que le concept même de démocratie n’est pas unique et universel. Encore au déplaisir de nos professeurs, ce qu’il recouvre varie en fonction des zones géographiques, des confessions et des époques.
La troisième leçon, enfin, c’est que quand on a la malchance d’appartenir à l’humanité de « la seconde classe »(3), on peut, au mieux, espérer vivre à l’abri d’une dictature religieuse ou d’une « démocratie » militaire. Se contenter de vivre tout court, comme une plante, sans identité politique. Si mes respectables professeurs revenaient, ils m’enseigneraient, probablement avec regret, que notre humanité se dépouille de son humanisme, qu’elle n’avance plus, qu’elle recule inexorablement. Spirituellement, moralement, elle ne crée plus rien pour le bonheur de l’Homme. Elle œuvre seulement pour le caprice du Loup.
Ahmed BENHIMA
El Jadida le 03 Août 2013
Notes :
(1) Le ministre américain aurait, entre temps, changé d’opinion.
(2) Homogénéité sur le plan des valeurs.
(3) L’allusion est faite, ici, à la dualité monde développé, monde sous développé. L’Occident et l’Orient. Je précise que je fais, pour ma part, la différence entre l’Occident des peuples avec lequel nous partageons l’amitié, le respect, les services et les intérêts et l’Occident des Etats dans lequel il y a de plus en plus de divergences dans les intérêts et de plus en plus d’injustice dans les rapports.

















Ce que vous dites là est vrai. Dans les pays arabes, il n’y a pas de place pour la démocratie. D’ailleurs, Kaddafi l’a bien expliqué dans un discours où il l’a définie comme le fait de » rester au pouvoir » (daouam fi l karassi)…Les américain ont combattu le président du Vénézuella Hugo Chavez, le Hamas… Ils ont armé Saddam pour combattre l’Iran, ensuite ils l’ont combattu et ont détruit l’Irak; ils ont créé La Qaïda les Talibans et Ben Laden, les ont armés pour combattre et chasser les Russes ensuite ils ont pourchassé et tué Ben Laden après avoir entièrement détruit l’Afghanistan… Aucune logique, aucune morale, aucune trace d’humanisme… Si on veut parler des droits de l’homme qu’ils brandissent chaque fois qu’ils veulent s’interposer en gendarme,les E.U est le pays où il y a le moins de respect de ces droits; racisme, bastonnade, peine de mort, hégémonie, intrusion et j’en passe… La démocratie américaine impose et protège des autocrates et des fantoches maniables à sa guise comme elle a fait en Irak et dans d’autres pays… Ils protègent Israël et lui laissent les mains libres pour commettre des génocides en Palestine après avoir occupé de larges territoires Jordaniens, Syriens et Palestiniens, au point que même les juifs orthodoxes américains ont crié au scandale et ont renié leur appartenance à l’état d’Israël…
Bonsoir et Merci de nous proposer de reprendre la lecture des nouvelles d’El’Jadida;
Ce que nous faisons avec grand plaisir!
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