Les Cahiers d’El Jadida créent des liens
Une de Maria recherche ses origines mazaganaises
Par Mustapha Jmahri (écrivain)–
María Jesús Ramos Rubio, de nationalité espagnole, née à Santiago de Compostela, en 1960 est une descendante de la famille mazaganaise, de Maria. En découvrant mes écrits sur l’histoire de la cité d’El Jadida-Mazagan parus dans la série Les Cahiers d’El Jadida, elle m’a contacté pour me faire part de son projet de recherche familiale. Voici sa lettre qui m’est parvenue de Barcelone, publiée avec son accord :
Je m’appelle María Jesús Ramos Rubio et je suis de nationalité espagnole, née à Santiago de Compostela, en 1960. Je suis professeur de langue et littérature espagnole et je souhaite écrire l’histoire de ma famille maternelle, les de Maria, pour ma fille et mes neveux. C’est en cherchant sur internet de possibles informations que je suis tombé sur les écrits du chercheur marocain Mustapha Jmahri dont certains citent le nom de ma famille maternelle notamment dans son livre intitulé Mazagan, deux siècles d’histoire consulaire. En effet, l’un de mes aïeux était agent consulaire à Mazagan. Je suis au courant également que ce chercheur a recueilli des informations orales de différentes personnes qui ont vécu dans cette ville au temps du Protectorat.
C’est ainsi que j’essaie de reconstruire cette histoire et j’aimerais en écrire le texte en hommage à ma mère, Adelina Rubio de María, à l’intention des enfants de ma famille et dans le but de sauvegarder ces bribes sur nos origines. Ma mère ne s’arrêtait jamais de raconter sa vie au Maroc. Malgré les quelques annotations que je détiens, je ne peux pas récréer cette vie parce qu’il y a trop d’éléments que j’ignore, surtout sur l’histoire du Maroc au temps du Protectorat français et sur la vie quotidienne en ce temps-là.
Ce dont je suis sûre, c’est que l’ancêtre le plus lointain dont nous ayons entendu parler, est né en 1833. Il venait de Gênes (Italie) et s’appelait Joseph Santiago de María. Au début, comme beaucoup d’émigrants, il voulait aller en Argentine mais il s’est arrêté à Gibraltar. À l’âge de 21 ans, il changea d’avis et se rendit à Mazagan-El Jadida. Il travailla comme comptable chez la famille anglaise Redman. C’est d’ailleurs l’information signalée dans le livre de Joseph Goulven L’établissement des premiers européens à Mazagan au cours du XIXème siècle. Goulven ajoute que Joseph de Maria, qui remplissait à Mazagan les fonctions de vice-consul de Belgique, est décédé dans cette ville en mars 1918 à l’âge de 85 ans.
Le docteur Santiago Sánchez Coda, qui était médecin attaché au consulat d’Espagne à Mazagan, est le père de mon arrière-grand-mère Rogelia Sánchez Robledo. Celle-ci était mariée à Lázaro Demetrio de María qui était alors inspecteur de la douane anglaise au port de Mazagán. Il était le fils de Lazare de María dont je ne sais rien. Selon mes informations, le docteur Santiago Sánchez Coda avait reçu une médaille pour sa lutte contre la grippe espagnole. Lázaro Demetrio de María et Rogelia Sánchez Robledo sont partis à Salé. Là-bas, il était chargé du bac pour la traversée du fleuve Bouregreg. Ils ont eu dix enfants dont huit nés à Mazagan à partir de 1876.
D’après l’arbre généalogique, Adèle de Maria, mariée avec Honorato Augusto, de nationalité espagnole, habitait à Rabat. Ils eurent neuf enfants. La plus âgée était ma mère, Adeline Rubio de María. Les quatre premiers sont nés à Rabat et les autres à Tanger. Mon grand-père et ma mère travaillaient à la Banque d’État du Maroc. Mon grand-père est décédé à Tanger à l’âge de 59 ans et ma grand-mère à Barcelone. Ma mère a connu mon père, Manuel Ramos Villa, originaire de Salamanca en Espagne, quand il était venu travailler à la Banque Espagnole du Crédit à Tanger. Quand ils se sont mariés, ma mère est venue en Espagne et comme tous ceux qui ont vécu au Maroc, elle en avait une grande nostalgie et parlait tout le temps de leur vie là-bas. Les autres frères de ma mère ont continué au Maroc, mais plus tard ils sont partis vers la Suisse, la France et l’Angleterre. L’un d’eux est resté jusqu’à sa préretraite à Casablanca puis il s’est établi à Algesiras.
En Espagne, ma mère a fait des études de langue française et travaillait comme professeur. De son vivant elle a entretenu des liens avec sa famille étendue en France, en Suisse et même en Australie. En France, je suis en contact avec Georges de Maria, oncle de ma mère, avec lequel j’évoque notre histoire. Aujourd’hui, j’ai deux frères nés en Espagne et nous habitons tous à Barcelone.
Je ne saurais finir ce petit témoignage sans adresser mes remerciements à Mustapha Jmahri pour l’effort de recherche qu’il déploie pour créer des ponts et des liens entre sa ville marocaine et le reste du monde. MJRR
















