Ma fille a démissionné, le secteur hôtelier local en ira-t-il mieux ?
Par Mustapha Jmahri (écrivain)
Jusqu’à ma retraite prise il y a quatre ans, la communication a été toujours mon cœur de métier. L’ayant exercée pendant plus de 35 ans, je croyais le secteur privé beaucoup plus performant en ce domaine que le secteur public. Je viens de m’apercevoir que je m’étais lourdement trompé. Ce que j’ai vécu récemment, dans mes contacts avec un hôtel connu d’El Jadida, m’a écœuré et je comprends mieux aujourd’hui pourquoi ma fille l’a quitté sans regret.
En effet, ma fille y a demandé sa démission en avril dernier. Un mois plus tard, j’ai contacté l’hôtel pour avoir une attestation de travail pour ma fille. Et c’est à partir de là que j’allais apprendre que les choses les plus simples ailleurs sont les plus difficiles à obtenir ici. L’attestation de travail n’était pas préparée au moment de la remise du solde de son compte, il fallut donc revenir pour la récupérer.
Je dus encore y retourner le mercredi 29 Juin 2016 pour faire signer un imprimé de la CNSS concernant ma fille. En l’absence de la directrice, son collaborateur m’a dit qu’il fallait l’attendre. En attendant, je lui ai demandé d’ajouter sur la fiche le numéro d’affiliation de l’hôtel à la CNSS. Il m’a répondu qu’il ne le connaissait pas, chose incompréhensible puisque ce numéro se trouve très facilement sur les papiers à entête de l’établissement. J’ai donc dû attendre de 10h30 à 12h pour obtenir qu’on daigne signer un papier et que l’on recopie un numéro.
Ma fille ayant présenté son attestation de travail à la CNSS, il s’est avéré que la date de démission indiquée sur son attestation ne correspondait pas avec la date signalée à la CNSS. Ne voulant en aucun cas retourner à l’hôtel pour cette rectification, ma fille m’a confié cette tâche. C’était encore le ramadan et j’ai pensé me présenter à l’hôtel au moment où j’étais sûr d’y trouver la directrice car je savais que son collaborateur ne pouvait rien faire. C’était le 4 juillet 2016 et je me suis présenté à 11h à l’hôtel. Comme je l’avais prévu, le collaborateur a écouté mes explications et m’a dit, comme d’habitude, qu’il fallait attendre la directrice. Mon attente a duré jusqu’à 12.15h et j’ai alors demandé à cette personne d’activer les choses. Sur ce, il m’a proposé d’aller vaquer à mes occupations en attendant de faire la rectification.
À l’heure convenue, je suis retourné à l’hôtel pour récupérer l’attestation. Je me suis mis au salon et j’ai vu la réceptionniste qui téléphonait, puis elle est revenue me voir et me demanda de lui laisser mon numéro de téléphone car ce collaborateur venait justement de partir pour Casablanca.
J’ai demandé alors à voir la directrice en personne car c’était elle la responsable de l’établissement. La réceptionniste me fit savoir que la directrice était en réunion. Je lui ai alors signifié que j’allais attendre dans le salon le temps qu’il faudrait. Elle me sembla un peu gênée et j’allais peu après en connaître la raison. En effet, au bout d’une demi-heure, ce collaborateur, qui était censé être à Casablanca, sortit soudain de son bureau juste en face du salon et j’ai mieux compris la gêne de la réceptionniste qui avait sans doute reçu l’ordre de me mentir. Le collaborateur dut m’avouer que la rectification n’était toujours pas faite et qu’il fallait revenir le lendemain. Il faut bien deux jours de travail pour modifier une date sur un papier.
Le lendemain 5 juillet, à 11h, dernier jour de ramadan, je me suis présenté à l’accueil. J’ai annoncé au réceptionniste l’objet de ma visite. Il est alors entré dans le bureau du collaborateur et ils y restèrent un bon moment tous les deux. Après une longue attente, le collaborateur sortit pour me dire que la directrice n’était pas encore descendue et qu’il ne savait rien au sujet de l’attestation. Je lui ai dit alors : « Si c’est la directrice qui s’occupe de tout, je ne sais pas pourquoi tu te mêles de tout ». Et j’ai terminé mon propos en lui disant que j’allais attendre la directrice jusqu’à ce qu’elle descende car, le lendemain, c’était le jour de l’aïd et je ne pourrais pas revenir. Cette fois-ci, le collaborateur me surprit avec une réponse dont je n’ai pas compris le sens, il m’a répondu :
– Vous pouvez attendre qu’elle descende, si jamais elle descend.
Alors là j’ai senti la tension qui montait et je lui ai répondu :
– Donc si je comprends bien, avec tous ces va et vient, vous voulez punir ma fille à travers moi.
Le collaborateur m’a fait savoir que je l’avais mal compris.
J’ai donc attendu que la directrice descende, puis qu’elle parle longuement à ses agents sans qu’elle me demande ce que je voulais alors que je l’attendais dans le salon. Quand elle est sortie dans le couloir, je me suis présenté à elle et, après explication et une nouvelle attente d’une demi-heure, une réceptionniste est venue me remettre l’attestation en me disant, à voix basse, de transmettre son bonjour à ma fille.
En sortant de l’hôtel, je me suis dit qu’enfin il existait, quand même, une collègue de ma fille qui avait osé me charger de lui transmettre son bonjour mais en chuchotant de crainte, peut-être, que quelqu’un ne l’entende. En effet, tout au long de ces 5 jours qu’ont duré mes contacts avec cet établissement, toutes les collègues de ma fille n’ont jamais daigné ou osé me demander des nouvelles de ma fille ou même de faire activer les choses pour elle. Personnellement, moi qui ai fait toute ma carrière dans la communication, je trouvais que quelque chose n’allait pas très bien dans cet environnement.
Ma fille fut employée dans cet hôtel à El Jadida depuis 2006. Elle se lamentait du volume de travail et de l’ambiance qu’elle ne trouvait pas idéale. Elle m’a toujours dit ce qu’elle endurait du fait du volume horaire quotidien (10 à 11 heures), du fait de sa hiérarchie ou à cause des manigances mesquines de certaines collègues. Etant moi-même un vétéran de l’administration, je relativisais les choses en lui expliquant qu’elle vivait dans son établissement ce que chaque employé vivait aussi.
Suite à sa démission, elle n’a reçu comme solde qu’un montant dérisoire d’environ 750 dh. Sa hiérarchie n’a pas pris en compte le paiement réel de ses heures de service travaillées comme chef de réception et qui oscillaient quotidiennement entre 10 ou 11 heures d’activité, à l’exception du jour de repos hebdomadaire. Jusqu’au jour de sa démission, elle n’a jamais pu avoir en sa possession une copie de son contrat de travail pour la dernière fonction qu’elle occupait.
D’autre part, sa situation salariale souffrait d’autres inégalités flagrantes. Le salaire mensuel qu’elle touchait ne correspondait en rien ni à sa fonction, ni à ses années de service, ni à sa formation. Par comparaison, ses confrères de formation identique recevaient des salaires nettement plus conséquents que le sien.
Espérons maintenant que le secteur hôtelier aille mieux après la démission de ma fille et que ses collègues puissent enfin « se sentir à l’aise ».
















