Figues et châtiment
Récits sur la société marocaine-_](https://mazagan24.com/wp-content/uploads/2016/07/97figues1.jpg)
Jean-Louis Morel (écrivain). A chaque nouvelle parution des cahiers d’El Jadida, je me réjouis, moi qui reste un amoureux inconditionnel de cette ville où j’ai vécu presque une vingtaine d’années de ma jeunesse. En effet, l’écrivain marocain Mustapha Jmahri a toujours quelque chose à nous révéler au sujet de cette cité chargée d’histoire, soit qu’il évoque les divers consulats qui y furent créés, soit qu’il nous révèle toute l’importance de la communauté juive de la ville, soit encore qu’il nous montre le rôle essentiel du port dans la vie économique de la région des Doukkala.
Mais il en va tout autrement avec son dernier ouvrage intitulé Figues et châtiment car cette fois-ci, l’historien laisse sa plume au conteur avec un égal bonheur. L’auteur, comme tout un chacun, est porteur d’une parcelle de l’histoire de son pays par le simple fait qu’il a été témoin de son époque et de ce qu’il a vécu. Même si l’on n’a pas joué un rôle primordial dans l’Histoire, on est un élément d’un peuple et, à ce titre, on est en droit de témoigner et c’est ce que l’auteur a fait.
Bien sûr, un esprit superficiel pourrait dire : « Ce ne sont que les histoires d’un jeune marocain Jdidi » mais ce serait une profonde erreur car chacune de ces nouvelles conduit le lecteur à des réflexions sur la société marocaine et à des comparaisons avec la société française dans laquelle je vis depuis déjà longtemps. Je n’en donnerais ici que deux exemples.
Dans la nouvelle Figues et châtiment, par exemple, quatre adolescents, coupables d’avoir mangé quatre figues destinées à pourrir sur le sol, sont condamnés par le maître de l’école coranique à être bastonnés sur la plante des pieds ainsi chaque pas leur deviendra douloureux. Ce châtiment bien cruel pour une faute bien légère ferait hurler les Français. Aujourd’hui, la moindre gifle donnée à son enfant peut entraîner, en France, un appel gratuit au 117 pour alerter le service de maltraitance aux enfants et les parents peuvent se voir traduits devant un juge. Alors excès de sévérité d’un côté, excès de protection de l’autre ? C’est au lecteur qu’il convient de se faire une opinion sur la conduite à tenir dans l’un ou l’autre cas.
Dans L’homme à la mobylette, des jeunes gens intrigués par le fait qu’un homme embrasse deux femmes mariées dans la rue, se mettent à tenir un carnet où ils notent les jours et heures de passage de cet homme. Cela confirme que, dans la société marocaine, chacun vit sous le regard des autres et notamment les femmes. On devine le poids de cette surveillance pour ne pas dire cet « espionnage » constant des voisins. Pour le Français que je suis, habitué à vivre dans un pays où prime la liberté individuelle, cette pesanteur peut paraître insupportable. Là encore la comparaison entre les deux modes de vie est lourde de sens même si chacun sait que comparaison n’est pas raison.
La plupart de ces récits réveillent en moi bien des souvenirs notamment ce goût pour les sobriquets. Ainsi Jmafo, ainsi dénommé parce qu’il prononçait mal la phrase en français « Je m’en fous », me rappelle que, moi-même, je fus surnommé « Joélo » parce qu’un certain Bouchaïb ne parvenait pas à prononcer mon prénom Jean-Louis. De même à travers le récit intitulé Les sandales du plaisir, j’ai retrouvé le même souci qu’avait ma mère d’éviter une dépense inutile. Les réflexes des gens pauvres sont en effet identiques au Maroc comme en France. Il y a dans cette nouvelle, comme dans toutes les autres, un accent d’authenticité qui ne trompe pas. En cela ce livre, à la fois agréable et profond, mérite hautement d’être le compagnon de tous ceux qui cherchent à comprendre la société marocaine dans la diversité de ses aspects.
Chaque texte qui compose ce recueil apporte son lot d’émotions, fait naître de multiples réflexions et procure d’heureuses surprises que le lecteur aura grand plaisir à découvrir.
Merci à Mustapha Jmahri de nous aider à devenir des êtres plus conscients et donc plus responsables dans un monde infiniment complexe.
Jean-Louis Morel
Ecrivain
Auteur de Eclats d’enfance à Mazagan et Mazaganelles
Réactions des lecteurs:
Marie-claire Sicault
Notre ami Mustapha est désormais un grand écrivain !Il manie la langue française avec dextérité. Le genre des nouvelles est extrêmement délicat et Mustapha J’mhri l’aborde avec talent.
Je suis née à Rabat et je n’ai pas eu la chance de connaître Mazagan-El-Jadida mais à travers ses textes je devine la ville et les odeurs d’épices, de canoun en braises m’envahissent ainsi que le calfat des bateaux de pêche et le vent salin. Merci à lui de susciter cette nostalgie de mon enfance.
Ahmed BENHIMA
Grâce à sa curiosité et à son talent, monsieur Mustapha JMAHRI offre l’éternité à El Jadida, à ses hommes et à ses femmes, d’origines et de confessions diverses, qu’il regroupe autour de thèmes originaux et présente dans un style remarquablement beau et attachant. On lit tous ses livres avec intérêt et on en attend d’autres avec plaisir parce qu’ils participent tous à ce précieux projet « Enrichir et faire connaître ». Et quand on a connu El Jadida, ne serait-ce qu’un temps, ou mieux encore, pendant un pan d’une vie, on est heureux de s’approprier cette mémoire et de revendiquer une parenté avec cette ville, avec ses filles et avec ses fils.

















Notre ami Mustapha est désormais un grand écrivain !Il manie la langue française avec dextérité. Le genre des nouvelles est extrêmement délicat et Mustapha J’mhri l’aborde avec talent.
Je suis née à Rabat et je n’ai pas eu la chance de connaître Mazagan-El-Jadida mais à travers ses textes je devine la ville et les odeurs d’épices, de canoun en braises m’envahissent ainsi que le calfat des bateaux de pêche et le vent salin. Merci à lui de susciter cette nostalgie de mon enfance.