Paroles de femmes Jdidies : réactions facebookiennes
par Mustapha Jmahri (écrivain)
Sur ma page facebook, l’annonce de la parution de mon dernier livre « El Jadida 1949-1969, Paroles de femmes » a été bien accueillie tant l’objet du livre a réussi à susciter l’intérêt des facebookiens et des amis.
Cet intérêt s’est manifesté par différentes réactions : 35partages, 11 commentaires et 1.980 personnes atteintes. Sans verser dans une satisfaction exagérée, je crois que le livre a capté l’intérêt.
Mais il y a un hic : déclarer aimer un livre est une chose, aller l’acheter à la librairie en est une autre. Cette dernière est peut-être, pour certains, la plus difficile.
En effet, j’ai constaté que, si le nombre des réactions suscitées et des personnes engagées sur facebook avoisine les 2.000, il n’en demeure pas moins que le nombre de livres vendus directement à la librairie d’El Jadida reste très en deçà. Ce qui revient à dire que nous, Marocains, nous aimons parler de livres que nous n’achetons pas mais simplement pour avoir un sujet de conversation.
Pour ma part, ce qui est réconfortant, c’est que plusieurs personnes, qui sont en dehors de facebook, m’ont directement contacté par mail ou par téléphone pour me commander le livre.
Je saisis cette occasion pour répondre à deux personnes qui se sont demandées, toujours sur facebook, la raison pour laquelle, l’auteur du livre « a omis certaines jdidiates » qu’elles connaissaient. Avant de répondre à leur interrogation tout-à-fait légitime, je pense qu’elles n’ont pas encore lu le livre car elles auraient eu la réponse dès l’introduction. En effet, les choses ne sont jamais simples et un chercheur doit en tenir compte pour l’établissement d’un échantillon représentatif et adapté à son étude. Sachant bien évidemment que ce genre de recherche exige un échantillon limité puisqu’il est impossible d’inclure toute la population concernée.
Ce travail, comme je l’ai expliqué dans l’introduction, a été suivi par la regrettée Fatema Mernissi. Je lui ai exposé mon échantillon et elle m’a proposé d’y inclure aussi deux ou trois femmes tisseuses ou de familles ayant pratiqué le tissage. L’échantillon en lui-même a été établi en concertation étroite avec d’anciens de la ville dont les noms sont cités dans la page des remerciements. Les femmes ayant témoigné avaient elles-mêmes conseillé l’auteur sur certains noms à inclure. Mais hélas certaines personnes, comme je l’ai expliqué, n’ont pas accepté de témoigner, pour des raisons qui leur sont propres. Une personne même a préféré retirer son témoignage le jour même où j’allais remettre mon manuscrit à l’imprimerie limitant le nombre à 24 alors qu’il était initialement de 25.
Dans d’autres familles, la difficulté a été matérielle par l’absence de femmes pouvant témoigner sur la période concernée par l’étude.
Il faut dire aussi que d’autres noms qui ne se trouvent pas dans ce livre se trouvent dans mes précédents ouvrages dont notamment « Souvenirs marocains » et « El Jadida, destins croisés ».
Enfin, je voudrais signaler une chose qui peut expliquer ce genre de difficultés auxquelles le chercheur est constamment confronté. Quand j’ai commencé le travail par la collecte de mes deux premiers témoignages, nous étions en janvier 2015, j’ai demandé aux dames concernées de m’aider à en parler à leurs connaissances et amies. Mais trois ou quatre mois plus tard, elles m’ont expliqué qu’elles avaient senti une réticence de la part des femmes qu’elles avaient contactées. D’autres femmes, par simple pudeur, n’ont pas voulu exposer leurs vies qu’elles considéraient comme très simples et qu’elles n’avaient rien de particulier à raconter.
Devant cet état de choses, je ne cache pas que j’ai abandonné ce projet et je me suis mis à écrire mon recueil de nouvelles mazaganaises qui est sorti en février 2016 aux éditions l’Harmattan sous le titre « Figues et châtiment ».
Et puis vint le jour où j’ai parlé de ce projet à deux amis, anciens jdidis, que je considère comme des militants de la mémoire, en l’occurrence Si Mostafa Hcine et Si Houcine El Ouatik. Grâce à eux, j’ai repris mon projet, le travail enfin a pris forme et a pu être mené à bon terme. Ils se sont impliqués dans mes recherches par leurs judicieux conseils, par la facilitation des contacts et par leurs encouragements continus. Mille mercis à eux.
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Le livre est disponible à la librairie El Jadida (El Jadida), à la librairie Carrefour des Livres (Casablanca-Maarif) et à la librairie Agdal (Rabat) ou en contactant l’auteur jmahrim@yahoo.fr
















