Published On: mer, Mai 18th, 2016

Marocains de France et l’intégration

Share This
Tags

  Réactions partagéesjmahri-vue-sur-ville

 Par Mustapha Jmahri (écrivain)

 Mon article intitulé « Marocains de France : la difficile intégration » paru sur ce site le vendredi 13 mai 2016 a suscité une réflexion de la part de nombre de lecteurs marocains, français et peut-être d’autres pays. Je suis d’ailleurs heureux que des articles de ce genre réussissent à éveiller l’intérêt des lecteurs et les poussent à réagir.

La lecture des différentes réactions révèle que la responsabilité dans ce problème est partagée entre les immigrés naturalisés et le pays d’accueil. Il ne s’agit pas de tous les immigrés mais ceux naturalisés qui ont fait le choix d’adhérer ou partager une culture autre que la leur et qui sont moralement tenus d’honorer leur choix. Le problème est donc bien plus complexe qu’il peut paraître. Les réactions révèlent aussi qu’actuellement l’accès à la culture devient aussi problématique en France, chez les jeunes notamment, vu le développement rapide de l’utilisation des moyens numériques et de communication modernes. En effet, les médias sociaux proposent et dictent bien évidemment l’offre culturelle dans son sens large ainsi que la manière de l’appréhender.

A une lectrice française, qui croit qu’il faut posséder de l’argent pour accéder à la culture, je veux préciser que ce n’est pas toujours le cas. Il ne s’agit pas d’assister au Festival de Cannes mais simplement aux conférences données gratuitement près de chez soi, d’aller voir des expositions de peinture, d’écouter des conteurs, de choisir des livres à la médiathèque du quartier et de finir par des promenades dans le jardin public le plus proche.

Voici par ailleurs quelques réflexions suite à la lecture de mon article en constatant que la plupart des réactions proviennent d’amis français, un seul marocain y figure :

Jean-Yves Delanoë (consultant) : Les questions de culture se compliquent aujourd’hui des questions religieuses, et sociales, si bien que tous nos critères habituels sont remis en question. Je ne suis pas loin de penser que l’intégration à tout prix est une violence faite à l’autre, et que sa justification reste bien théorique, quand on voit les discriminations dont souffrent les personnes portant un nom musulman,

Jaouad Mdidech (journaliste) : Merci Mustapha de ce partage. Tes réflexions sur les Marocains de France, je les partage bien naturellement mais celles de tes interlocuteurs sont aussi vraies.

 Lucette Heller (professeur universitaire retraitée) : J’ai lu votre article et les commentaires joints. Je pense comme vous que la culture est essentielle, mais elle est très vaste, et la vie au quotidien peut être aussi orientée vers la culture dans l’échange, la cuisine, l’écoute des problèmes de chacun. On n’a pas toujours besoin de lire les grands penseurs pour être cultivé. Quant à l’école qui nivelle vers le bas, je pense tout le contraire, moi qui suis enseignante, et d’une famille où tout le monde exerce ce métier. S’il est bien fait, il tire toujours vers le haut, car il fait réfléchir les enseignés sur des problèmes universels. D’ailleurs, selon les statistiques, les réactions sont toujours plus réfléchies et moins « primaires » lorsque les gens ont suivi un cursus à peu près complet dans l’enseignement tel qu’il est exercé. Bien sûr, il y a des enseignants meilleurs que d’autres, mais il en existe suffisamment pour continuer à espérer qu’ils transmettent le message que seuls l’argent et la réussite matérielle ne sont pas essentiels dans la vie.

Dr Maxime Rousselle (écrivain) : Merci, pour ce long texte. Je suis tout à  fait de votre avis.Le tribalisme ne mène à rien, seule la culture (Les cultures se respectant les unes les autres) peut permettre le « vivre ensemble » dont on nous serine les oreilles à longueur de discours  tout en faisant  tout ce qu’on peut pour diviser les habitants de ce pauvre pays (la France !)

Michel Lebossé (ingénieur à la retraite) : Très intéressant ton article mais je crains que tu te fasses quelques illusions sur le niveau culturel du français moyen. Pourtant, tu as pu le constater quand je t’ai fait visiter la médiathèque de Conflans que tout est à disposition et que même dans la rue, tu as pu voir des bouquins que les gens du quartier mettaient à disposition. Qui fréquente cette médiathèque ? Les gamins de la maternelle qui découvrent les livres puis, plus tard, les lycéens qui doivent préparer un examen, et certains vieux.

Ensuite l’attrait des jeux sur tablettes et de réseaux sociaux est le plus fort, et le bon élève n’est pas forcément apprécié de ses collègues.  Puisque tu as pris le RER, tu as pu constater que chacun est avec son portable et que les sujets de conversation sont limités. Les commentaires aux articles de journaux ne sont pas toujours d’un grand niveau. Bien sûr, il y a une certaine élite (ou qui se prend pour telle) cultivée qui contribue au rayonnement de la France.

Nelcya Delanoë (historienne) : Merci, Mustapha, pour ces réflexions qui forment effectivement un grand classique plein de questions sur la question…

jmahrim@yahoo.fr

About the Author

-

laissez un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>