Inimitabilité scientifique et rhétorique du coran ( 1 )
Le problème d’ الإعجاز a été soulevé récemment par l’éminent professeur chercheur, Monsieur Rachid GUERRAOUI. J’en profite pour apporter une petite contribution à une grande question de culture et d’actualité.
Pour les musulmans croyants, il n’y a aucun doute que le Coran est le livre révélé au prophète Sidna Mohammed (صلى الله عليه وسلم ) par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. C’est la parole d’Allah et en tant que telle, elle surpasse normalement et nécessairement en quantité et en exactitude d’informations, en force et en précision d’expression, la capacité des humains. Cette avance illimitée, nous l’appelons justement الإعجاز dans lequel nous distinguons الإعجاز العلمي و الإعجاز البلاغي. Malheureusement, de faux théologiens et de vrais saboteurs, amateurs de confusions, de querelles et de séditions en découvrent trop. Dans le texte sacré, ils en distinguent pratiquement dans le moindre écart linguistique et dans la moindre concordance d’interprétation de certains versets avec des événements scientifiques, politiques ou sociaux importants. Au point où cela devient navrant et ridicule, de ce ridicule qu’on appelle justement le concordisme.
Dans la tradition orthodoxe musulmane, la vocation du saint Coran n’est ni d’être un manuel de science fiction ni une encyclopédie exhaustive. Si Allah l’avait voulu, Il l’aurait fait et Il aurait dispensé l’espèce humaine de tout effort cérébral. Mais Allah a voulu que la vie de ses créatures humaines fût une quête permanente de vérités et de savoirs. Les humains naissent, par conséquent, ignorants. Leur irrésistible instinct de curiosité les pousse à savoir le maximum. Ils passent alors leur vie à quêter, à découvrir, à apprendre et à léguer aux générations successives les fruits de leurs efforts. D’ailleurs, telle qu’elle est conçue, la vie serait insipide s’il n’y avait pas, en même temps, cette obligation et cette possibilité de chercher inlassablement de nouveaux savoirs. Maintenant, le Coran recèle bel et bien de cas de إعجاز que des exégètes sérieux, à travers les temps, ont rapportés et que la foi de musulmans croyants, honnêtes et intelligents encourage à admettre (2). Pour les non musulmans, non croyants ou athées, le principe de إعجاز est rejeté au départ. Il est incompatible avec leur conception scientifique et cartésienne de la raison. Leur conviction est telle qu’Il ne sert à rien d’en débattre avec eux car dès lors qu’ils ont évacué Dieu de leur schéma de raisonnement, toute superpuissance qui justifierait une performance surhumaine devient nulle. Leur conduite, de ce point de vue, est non seulement cohérente mais utile dans la mesure où elle ajoute un éclairage à l’interprétation du texte. La conduite des croyants qui inclue Dieu dans le schéma qu’ils adoptent est, de ce même point de vue, tout aussi cohérente et utile, d’autant plus que certains mystères ou miracles commencent aujourd’hui à être élucidés à la faveur du progrès scientifique et technologique contemporains (3).
Dans le cas de questions si complexes et de situations si antagonistes, il est inutile de recourir à la critique qui frôle l’attaque ou le dénigrement. Le mieux, l’important est de rester dans la cohérence et de patienter. Les révélations scientifiques pourront rapprocher et concilier les points de vue en corroborant ou en réfutant des thèses objets de litiges. D’ici là, on peut au moins affirmer que الإعجاز est envisageable uniquement avec la croyance en un Dieu tout puissant et qu’il est inconcevable dans le cas de Sa négation.
(1) Le mot arabe الإعجاز est traduit miracle lorsqu’il correspond au إعجاز scientifique et inimitabilité lorsqu’il correspond au إعجاز rhétorique.
(2) Ils sont nombreux. J’en citerai 2 pour l’exemple : Jalal Eddine Sayouti vers l’an 911 de l’Hégire et le Docteur Maurice Bucaille, contemporain.
(3) La séparation de l’eau douce et de l’eau salée au fond de la mer, l’agrandissement de l’univers ou le nombre sept des couches de la terre sont des exemples d’informations précises citées dans le coran et que rien ne permettait, à l’époque du prophète, de deviner sont des exemples parmi d’autres à méditer.
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