Published On: dim, Nov 10th, 2013

Michel Amengual : Leçon de vie

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Par : Mustapha JMAHRI -_-_jmahri et Amengual

 En qualité de délégué de l’Amicale des anciens de Mazagan, Mustapha JMAHRI, a présenté ce témoignage  lors de l’hommage rendu au défunt, organisé chez lui à Sidi Bouzid le 10 novembre 2013 en guise de souvenir  .

J’assiste à l’assemblée générale de l’Amicale des Anciens de Mazagan dans le sud de la France et je monte vers la région de Bretagne quand j’apprends, par un site internet d’El Jadida, le décès de l’ami Michel Amengual au Maroc, chez lui, à Sidi Bouzid, en ce jour du 30 septembre 2013. Surpris par l’annonce, j’appelle Céline, une amie, sa voisine, qui me confirme qu’il avait été victime d’une crise cardiaque après être allé chez le docteur. La veille, en effet, il avait senti un peu de fatigue.

Je ne m’attarderai pas sur les fonctions importantes qu’il a assumées pendant sa longue carrière de journaliste en France, dans la presse écrite, la télévision, la radio, comme grand reporter ou conseiller et expert en communication au Sénégal, en Palestine, aux Iles Comores et en bien d’autres pays. Son parcours a été évoqué sur plusieurs sites internet mais je voudrais simplement y ajouter un témoignage personnel.

Michel Amengual, journaliste Français, enfant d’Algérie, était attaché au Maroc et à la ville d’El Jadida où il s’était installé depuis une douzaine d’années. Il était à quelques mètres de la mer et, de là où il habitait, il avait une vue panoramique sur l’horizon ce qui lui permettait d’admirer le changement des saisons. Il aimait contempler avec une joie d’enfant comment la période des pluies et de désolation succédait à la période intense des étés bruyants de Sidi Bouzid. Ce changement lui rappelait sa propre vie de nomade à la quête de l’Autre, de l’amitié tout court. Il aimait remonter à ses origines profondes à Majorque et même au-delà de cette île puisqu’il trouvait une connotation arabophone à son nom.

J’ai eu avec lui plusieurs rencontres et il m’avait raconté comment il avait choisi de s’installer à Mazagan. Il connaissait bien le Maroc auparavant non seulement dans le cadre de son travail de journaliste mais aussi quand, dans sa jeunesse, il rendait visite à un parent installé près de Khemisset. La retraite venue, il est passé par Azemmour où il voulait s’installer puis, bifurquant vers El Jadida, il découvrit la station de Sidi Bouzid. La villa qu’il occupa par la suite était sur le point d’être libérée par sa locataire et c’est ainsi que l’endroit l’a vraiment envoûté par son charme à tel point qu’il ne l’a jamais quittée.

Il m’a donné également une tout autre raison à son installation tout près d’El Jadida. Il a trouvé dans cette ville la chaleur humaine qui lui faisait défaut à Paris. Il m’a raconté qu’il possédait un appartement chic dans un beau quartier de Paris avec jardin, ascenseur et sécurité garantie mais c’était, comme il me l’a dit, d’une froideur extrême. Ses voisins de l’immeuble s’ignoraient. Des inconnus les uns pour les autres. La communication manquait cruellement et c’est sans regret qu’il vendit cet appartement pour finir ses jours en Doukkala. Quand il s’est installé à Sidi Bouzid, il était émerveillé par cette chaleur humaine très sincère qu’il trouvait chez ses voisins, son jardinier, son épicier, et son marchand de légumes qui l’invitait à boire un thé.

Ma relation avec Michel date de l’année de son installation dans notre pays. C’était une relation culturelle : il m’avait contacté pour avoir quelques uns de mes livres sur El Jadida. Lui même commençait à se documenter sur la région et ne lésinait pas sur les moyens : il avait acheté en France, par internet, des livres anciens et rares sur le Maroc. Il était allé au centre des archives diplomatiques de Nantes pour filmer des pièces ayant rapport avec les Doukkala. Puis, en homme de terrain, il a sillonné la région entre l’Oued Oum-er-Rebia et l’Oued Tensift. Il a tissé un réseau d’amitiés et de relations avec des universitaires, des professionnels, des membres d’associations comme avec de simples fellahs chez qui il s’était rendu pour connaître telle ou telle tradition. C’était un homme de culture : il voulait rendre service à sa ville d’adoption et singulièrement  à la province d’El Jadida par un beau livre qu’il m’a remis, en avant première, pour relecture, car il avait, comme il m’a dit, besoin d’un point de vue marocain.

Etant moi-même intéressé depuis une vingtaine d’années par l’histoire locale, j’ai trouvé chez lui l’écoute indispensable pour l’échange. Il a donc bien voulu préfacer mon livre « Paroles de Mazaganais« , recueil de témoignages sur les Français anciens d’El Jadida et il a aussi relu d’autres travaux que j’ai réalisés sur la ville. Nous étions aussi invités ensemble pour l’animation de rencontres à El Jadida et à Casablanca, notamment celle avec les étudiants de l’école de journalisme du groupe L’Economiste.

Michel était aussi quelqu’un qui liait la parole à l’action : il voulait faire connaître l’histoire et les potentialités de la province d’El Jadida et donc il a reçu chez lui maintes personnalités du monde associatif ou universitaire, tant  marocaines qu’étrangères. En 2009, il a organisé une petite réception aux membres de l’Amicale des Anciens de Mazagan venus de France. Homme de partage, il m’invitait quelquefois à ces rencontres et me présentait à ses visiteurs en leur parlant de mes livres avec beaucoup d’enthousiasme.

Il y aurait aussi bien d’autres anecdotes à rapporter. Un jour, l’un de ses amis marocains lui demanda s’il pouvait intervenir amicalement en sa faveur pour lui faciliter l’obtention d’un visa, il lui a répondu : « Mais pourquoi veux-tu quitter cet endroit si charmant ? »

Michel avait son propre tempérament et il en était bien conscient. Cela venait peut être du fait qu’il avait une assez bonne opinion de lui-même, lui qui, dans sa vie, avait côtoyé de grandes personnalités. Mais Michel doit être satisfait car ce militant de l’amitié franco-marocaine est parti après avoir laissé, dans cette province qu’il aimait tant, une profonde empreinte culturelle. Merci Michel d’avoir tant aimé Mazagan et les Jdidis.

 

 

 

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