LE BAISER DU FACEBOOK
Depuis maintenant quelques années, le champ culturel marocain est émaillé d’événements qui surprennent et bouleversent par leur nature et par leur impact. Ils suscitent des réactions souvent excessives et contrastées qui témoignent de notre embarras face à des mutations culturelles que nous ne percevons pas unanimement de la même manière. C’est le cas, notamment, de ce qu’il est convenu d’appeler LE BAISER DU FACEBOOK, de la riposte des autorités et de la réplique massive des jeunes dans les rues et sur les réseaux sociaux.
Cet événement, a priori banal, a soulevé des polémiques de toutes natures : juridique, religieuse, pédagogique, sociologique et psychologique. Et n’était-ce l’impact négatif sur les enfants concernés, cette médiatisation constituerait une opportunité pour débattre librement et intensément d’ un cas d’éducation.
De notre point de vue, le baiser, à plus forte raison entre adolescents ou mineurs, n’est ni un problème grave ni un délit répressible. Il n’y a aucune commune mesure entre cet incident et les crimes abominables que rapporte quotidiennement la presse et ne suscitent, paradoxalement, aucune curiosité, aucun intérêt. Ce qui pose problème, par contre, c’est son exhibition. Car le baiser, dans notre culture, est un acte intime. S’il bascule dans le domaine commun, il se dégrade. Il devient une arrogance et un défi. Il devient une offense à laquelle on oppose naturellement une riposte proportionnelle à sa gravité.
Concernant la portée de cette faute, d’abord. Ce malheureux baiser de mineurs s’est produit à Nador qui serait, selon certains témoignages, un milieu très conservateur. Il est survenu, en plus, dans un contexte national et régional tout à fait défavorable. En effet, les contestations des valeurs religieuses et morales de notre société se succèdent et se multiplient. Nous citerons, à titre d’exemples, le cas de l’AMDH qui a appelé à la suppression de l’article 490 du code pénal marocain qui interdit les rapports sexuels extraconjugaux, la grâce accordée au pédophile espagnol (rattrapée par la suite), l’appel à la rupture publique du jeûne de ramadan, les mariages d’homosexuels qui trouvent, chez nous, des adeptes. Enfin, un tas de faits qui sont perçus comme des provocations qui avivent la méfiance et précipitent des répliques, parfois, démesurées. C’est la conséquence normale de l’ouverture, sans retenue, sur le monde, à la faveur des technologies de communication, qui entraîne de nouveaux modes de penser et de vivre qui séduisent les jeunes par les libertés qu’ils accordent et irritent les moins jeunes par le relâchement moral qu’ils entraînent.
Concernant le recours, ensuite. Dans la mesure où il n’était pas possible, pour des raisons sociales, de fermer l’œil sur une si petite dérive, il ne restait plus aux plaignants que le recours pédagogique ou le recours policier et juridique. Le premier est inutile puisque notre appareil éducatif et pédagogique est, comme chacun sait, paralysé depuis fort longtemps. Le personnel administratif et enseignant ne se soucie plus, de nos jours, que de sa propre sécurité et n’accorde, la plupart du temps, d’importance qu’à ses propres intérêts et affaires. L’unique remède qui subsiste est la police et la justice et c’est vraisemblablement de cette manière qu’on en est arrivé là.
Maintenant, cette affaire est entre les mains des juges dont nous respecterons la sentence, par respect, par principe et par devoir.
Par ailleurs, une vidéo de l’enfant incriminé est apparue sur Facebook. Sa version des faits prouve, à l’évidence, qu’il s’agit, pour lui, d’un jeu et non d’un défi. Il s’agit d’un jeu qui a tourné dramatiquement, qui s’est amplifié exagérément. Ses déclarations sont touchantes. Il admet qu’il a commis une faute et présente des excuses à tous ceux qu’il a involontairement offensés. Celles-ci justifient, à notre avis, le pardon qu’il attend et la réconciliation qu’il espère avec son entourage. Après tout, Mouhcine n’est qu’un enfant.

















