« NAUSEE »
By: A.BENHIMA
L’Egypte est au cœur d’une triste actualité. Comme en Syrie ou en Irak ou en Palestine, ce qui s’y passe relève de l’aberration, de la démence ou du drame. Dans nos pays, même le spectacle horrible de la mort n’émeut plus. On a tous vu, par exemple, ces cadavres alignés dans une mosquée, transformée en morgue de fortune, du sang qui jonche le sol des rues et le feu qui dévore tout ce qui tient debout.
Pendant ce temps, le général, poitrine bombée et chargée de décorations, profère ses menaces contre quiconque ose encore dire qu’il est musulman ou, plus grave encore, frère d’un autre musulman.
Pendant ce temps, sa télévision fait défiler des hordes d’intellectuels et de journalistes qui se précipitent pour lui faire acte d’allégeance, exactement comme ils l’avaient fait, auparavant, pour Moubarak et pour Morsi. Peu leur importe qu’on les appelle, les partisans ou les opportunistes. Ils sont des zélateurs de tout vainqueur, qu’il sorte des urnes ou qu’il arrive sur un char. Aujourd’hui, ils disent que le président déchu était un effroyable dictateur alors qu’hier encore, ils ne tarissaient pas d’éloges à son égard. Ils clament, avec force, avec ferveur, que l’officier est un don de Dieu. Il instaurera la justice et distribuera le bonheur par de braves soldats, qui ne tuent que par contrainte et avec une extrême retenue. Cela fera bientôt deux mois qu’ils sont à l’œuvre, ils n’en sont qu’à quelques milliers de morts. Il faut vraiment les aimer, ces rebelles, pour les épargner tant. C’est tout juste s’ils ne vous donnent pas envie de vous incliner d’admiration pour cet art si fin du cynisme et du massacre.
Pendant ce temps, le monde libre élabore, avec une sagesse et une intelligence cyniques, les notions de démocratie, de liberté et de droits de l’Homme, à l’air du temps, à la taille des confessions et des continents. Il se donne gracieusement des peines pour comprendre et justifier les motifs de l’hécatombe. Il trouve que la brutalité pharaonique a tout de même des aspects humains dès lors qu’elle est souhaitée par plus de trente millions d’âmes qui se sont réunies, sur ordre, pardon, invitation de l’officier. Logiquement, l’espace ne peut pas contenir plus de deux ou trois millions mais, miracle de « Rabina ». Al – Sissi, ce gradé ingénieux, ne fait, en fin de compte, que satisfaire le masochisme par le sadisme. M’est avis qu’un prix Nobel de la paix se profile, à l’horizon, pour lui. Donc, le monde libre envisage une sanction éventuelle contre les dérives, conseille aux parties de stopper les violences, de s’asseoir sagement autour d’une table, comme des frères (En tout, sauf en Islam parce que c’est dangereux, c’est explosif) et de négocier. M’est encore avis, qu’une place de président se dessine pour la saga Moubarak, Hosni ou Jamal, fraîchement lavés de toutes accusations.
Pendant ce temps, le régime wahabite du serviteur des Lieux Saints gronde la menace, pourtant hypothétique de l’UE et offre sans compter pour que la junte d’Al-Sissi achève sa mission macabre d’extermination de la secte innommable qui donne des soucis à ses alliés, à ses protecteurs et à lui.
Pendant ce temps, enfin, notre monde arabe marche ou recule inexorablement vers son sort pitoyable. Chaque génération lègue à celle qui la suit une part supplémentaire de drames sociaux, de conflits armés, de crises culturelles, de frustrations. Chaque allié lui offre des promesses mensongères et lui ouvre les yeux sur une condition désastreuse. Jusqu’où ? Jusqu’où ? Je ne saurai vous le dire !
















