LA RETRAITE par Abdeslam Seddiki
Le débat organisé la semaine dernière à la Chambre des Conseillers sur «la viabilité des régimes de retraite» a tenu ses promesses. Tout le monde est sorti convaincu qu’il y a urgence à réformer en profondeur un système qui a atteint ses limites. Sur les contours que doit prendre cette réforme, tout n’est pas dit encore et tout reste à faire. Certes le Chef du gouvernement n’a pas mâché ses mots au cours de son intervention. Il a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Futurs retraités que nous sommes, nous savons plus ou moins la nature de la soupe qui nous sera servie !
Ainsi, sur la base des études effectuées par différents bureaux d’études et des travaux préparatoires de la commission technique, le Chef du gouvernement a esquissé les grands traits la réforme à venir en trois actions phares : (i) le rallongement de l’âge de départ à la retraite de 2 années, (ii) l’augmentation du taux de cotisation aussi bien de la part patronale que de la part salariale, (iii) le calcul de la retraite sur la moyenne des dix dernières années de salaire au lieu du dernier salaire comme c’est le cas actuellement. Ces mesures vont probablement redresser l’équilibre financier des caisses, mais sûrement pas celui des personnes cotisantes, comme cela relève d’une simple arithmétique.
Une problématique comme celle des retraites ne doit pas être cantonnée dans une question technique et réduite à un simple équilibre financier, nonobstant l’importance de cet aspect. La question est éminemment politique et relève du projet de société que nous voulons. Les dysfonctionnements et déséquilibres que connaissent aujourd’hui, à différents degrés, les quatre caisses de retraite, ne relèvent pas d’une quelconque fatalité. Ils sont le résultat d’une politique sociale donnée et d’un mode de gouvernance à l’œuvre depuis des décennies. Les déboires de la CNSS relevées par le rapport de la commission d’enquête parlementaire en constituent un témoignage. Et il y a forcément beaucoup à dire sur les autres caisses !
Par conséquent, tout en proposant des solutions techniques de nature à assurer la viabilité des caisses à moyen et long termes, on se doit de réformer le mode de gouvernance en vigueur de fond en comble : au niveau des modalités de désignation de leurs dirigeants qui doivent obéir aux critères de transparence, de compétence et de reddition des comptes ; au niveau de la gestion et de l’affectation des fonds des retraites et des réserves accumulées par les différentes caisses…
De même, tous les problèmes qui se posent à l’amont doivent être résolus. Il s’agit en particulier de l’extension du nombre de bénéficiaires de la retraite à tous les travailleurs et employés, tout en luttant contre les pratiques de sous-déclaration. De même, le système doit être élargi à l’ensemble des professions libérales. Il est inadmissible que le taux de couverture ne dépasse pas 30%. Ainsi, sur une population de 2.675.128 âgée de plus de 60 ans, seules 823.383 bénéficient d’une prime de retraite. Une telle mesure, de justice sociale, se traduirait par l’inversion de la tendance actuelle en améliorant à la fois le niveau des cotisations et le rapport entre le nombre d’actifs et celui des retraités. L’augmentation du taux de l’activité des femmes et la lutte contre le chômage auront évidemment le même impact.
On le voit, la question des retraites n’est que la phase visible de l’iceberg. C’est pour dire que les problématiques sont en dernière instance entremêlées et liées les unes aux autres dans un véritable «puzzle» social. Tout le problème consiste justement à toucher à une partie de ce puzzle sans voir celui-ci s’écrouler.

















