Published On: jeu, Sep 26th, 2019

La femme de Mazagan présentée à El Jadida  

Share This
Tags

Par Mustapha Jmahri

Dans le cadre de ses activités culturelles pour la nouvelle saison, et en collaboration avec la Délégation provinciale aux anciens résistants et membres de l’armée de libération et la Fondation Kadiri, la section d’El Jadida de l’Union des Ecrivains du Maroc a organisé le mardi 24 septembre 2019 à l’espace de la Résistance une rencontre ouverte avec l’écrivaine et universitaire Nelcya Delanoë. Cette rencontre intervient à l’occasion de la sortie de la traduction en arabe de son ouvrage « La femme de Mazagan ». Le programme de la rencontre s’était déroulé sous forme de table ronde dirigée par Abdelmjid Noussi, secrétaire général de la section locale de l’UEM, et a comporté trois interventions de l’écrivaine Nelcya Delanoë, du critique littéraire Habib Daim Rabbi, et de Mustapha Jmahri.

Ci-après l’intervention de Mustapha Jmahri :

J’ai fait la connaissance de Nelcya Delanoë, il y a maintenant une trentaine d’années, grâce à son père le Dr Guy Delanoë, président de Conscience française au temps du Protectorat. Mais cela fait plus de vingt ans déjà que j’ai lu La femme de Mazagan dans son édition parisienne qui m’a été offerte par l’auteure. C’est à mon sens un livre indispensable pour mieux comprendre une facette de l’histoire du Maroc et pour rendre hommage à une combattante restée anonyme malgré son rôle dans le développement social et intellectuel de notre pays.

Ce livre, aujourd’hui disponible en arabe grâce à la traduction réalisée par le traducteur Saïd Belmabkhout, est l’histoire passionnante d’une femme exceptionnelle qui a milité sur tous les fronts pour aider à faire progresser la nation marocaine. La femme de Mazagan évoque le parcours de la grand-mère de l’auteure, Eugénie Rubinstein (1887-1951), arrivée à El Jadida en 1913 avant même l’arrivée de son mari le docteur Pierre Delanoë. Elle était venue à la suite de l’appel lancé par le général Lyautey qui souhaitait recruter des femmes médecins au Maroc afin d’approcher la population marocaine très conservatrice à l’époque et de réussir la politique dite de pacification. De 1913 à 1950, cette femme de Mazagan était devenue l’une des principales personnalités françaises de la ville, impliquée non seulement dans le domaine de la santé, mais aussi dans bien d’autres : social, économique, intellectuel et artistique.

Pour la population marocaine, elle était connue sous le qualificatif de «T’biba» ou « Madame Lanuit » (déformation populaire du nom Delanoë). Elle intervenait dans toutes les structures sanitaires de la ville : hôpital mixte, dispensaire, prison des femmes, société de bienfaisance, colonie de vacances ainsi que chez des particuliers marocains s’il en était  besoin. Sans relâche, elle exerçait sa mission, sans compter ses heures et jusqu’à oublier de prendre des vacances pendant plusieurs années.

Dans La femme de Mazagan, l’auteure a suivi l’itinéraire de sa grand-mère depuis sa Souvalki natale en Pologne russe, en passant par Paris, Montpellier, El Jadida, puis s’exilant en Amérique avant de retourner au Maroc. L’auteure suit cet itinéraire à travers des témoignages de personnes qui l’ont connue, mais aussi grâce à des documents qu’elle a laissés notamment des lettres et un livre semi-autobiographique  Trente années d’activité médicale et sociale au Maroc paru en 1949. La ville, à titre d’hommage et de reconnaissance, a baptisé deux rues longeant l’hôpital l’une à son nom et l’autre à celui de son mari, le docteur Pierre Delanoë.

En somme, c’est un livre qui enrichit la mémoire commune franco-marocaine. Nelcya d’ailleurs n’en est pas à son premier essai au sujet du Maroc car elle a également publié, en 2002, Poussières d’empires, un travail inédit, de mémoire et d’enquête, sur certains soldats marocains de l’Armée française en Indochine qui ont rallié l’armée d’Ho Chi Minh.

A titre personnel, je tiens à réunir enfin ici dans mes plus vifs remerciements Nelcya Delanoë, écrivaine et universitaire, l’historien Guy Martinet et le sociologue Abdelkebir Khatibi qui, tous les trois, ont su m’encourager et m’apporter leurs excellents conseils dans mon projet éditorial Les cahiers d’El Jadida. En 2005, Nelcya a relu et préfacé mon travail sur l’histoire de la communauté juive d’El Jadida dont la 2ème édition augmentée est parue en 2013. C’est aussi grâce aux précieux conseils de Nelcya, que, dans plusieurs de mes livres, j’ai privilégié le témoignage oral comme éclairage nécessaire à la compréhension de certains faits locaux. Nos échanges continuent et ils sont à chaque fois pour moi une source de profonde satisfaction.

jmahrim@yahoo.fr

Photo : Nelcya Delanoë en discussion avec Mustapha Jmahri, docteur Redouane Boussafi et Si Ahmed Khouchlàa (musée de la Résistance à El Jadida, le 24 sept 2019)

About the Author

-

Displaying 1 Comments
Have Your Say
  1. Merci Mr Jmahri de nous tenir au courant de ce qui se passe dans notre chère ville natale.Félicitations et bonne chance pour votre travail.

laissez un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>