Published On: lun, Juil 29th, 2019

Suzanne Capelli raconte Le Relais

Share This
Tags

Par Mustapha Jmahri–

 Suzanne Capelli–Zanca est née à Bin El-Ouidane de parents italiens. Elle a fait ses études au lycée ibn Khaldoun à El Jadida. Après quelques années passées à l’île de la Réunion, elle revient vivre à El Jadida où elle a passé la majeure partie de sa jeunesse. Dans ce témoignage, et à notre demande, elle a bien voulu évoquer l’épisode du restaurant Le Relais dit « restaurant Zanca », propriété de ses parents de 1964 à 2007.

L’hôtel-restaurant Le Relais a été créé en 1927 au km 26 sur la route d’El Jadida vers Oualidia, au bord de la mer. Je ne peux dire qui l’a créé à cette époque mais c’étaient probablement d’anciens colons de la côte maraîchère de l’Oulja. Mes parents, la famille de Caledonio Zanca, ont acheté l’établissement en 1964 à un français nommé Monsieur Guittard. Je suppose que ce dernier était le gérant et non pas le vrai propriétaire. C’est à partir de là que l’endroit sera appelé communément le « restaurant Zanca » ou, pour les Marocains, « restaura Zangua ».

Mon père, dit Doudou Zanca, d’origine italienne, est né au Maroc à Dar Bouazza en 1914. Il était, au départ, entrepreneur à El Jadida. Il possédait une petite entreprise de maçonnerie et de travaux publics. Il a construit  notamment des villas dans plusieurs villes du Maroc dont El Jadida, Casablanca et Meknès. Rencontrant certaines difficultés de gestion, il a décidé alors de cesser son entreprise pour expérimenter un autre domaine d’activités, celui de la restauration. C’est ainsi qu’il fit l’acquisition du Relais. Il a gardé le même personnel qui, en majorité, était issu de la zone limitrophe mais qui avait été formé par les anciens propriétaires à la mission de l’établissement. Je me rappelle d’ailleurs d’un fabuleux chef cuisinier qui s’appelait Abdeslam. Le serveur aussi était remarquable, il s’appelait Esslaigui  et qui n’est autre que le frère aîné de Brahim Esslaigui, gérant actuel du Relais. Ce dernier, Brahim, a presque passé toute sa vie dans cet établissement puisqu’il l’a rejoint alors qu’il avait tout juste une quinzaine d’années et en a passé une quarantaine avec mon père.

Quand mon père fit l’acquisition du Relais, au début des années 1960, il a trouvé que l’établissement était éclairé par des lampes à gaz. Craignant d’éventuels départs d’incendies qui pouvaient survenir, et modernité oblige, il a doté l’établissement d’un moteur à essence pour la fourniture de l’électricité. Pour l’eau, il y avait déjà un puits.

Notre famille n’habitait pas sur place, mais à El Jadida au quartier de Sidi Daoui dans une grande et belle maison. Mes parents se rendaient quotidiennement au Relais

Le restaurant Le Relais était connu dans le passé et jusqu’à nos jours par ses spécialités de produits de la mer. Les pêcheurs de la région nous fournissaient quotidiennement en poissons frais, homards, langoustes, oursins et huitres à profusion. Je pense qu’après l’édification du port de Jorf Lasfar et des usines chimiques, il y eut certaines répercussions au niveau de l’environnement en général. Mais progrès oblige. Notre clientèle était très cosmopolite et venait de Casablanca, de Rabat, d’El Jadida et souvent d’Europe en été. Comme il n’y avait pas de téléphone, certaines familles nous écrivaient de France pour réserver chez nous pour la période d’été. Si nous avions besoin de téléphone pour les cas urgents, nous devions aller jusqu’à la commune toute proche de Sidi Abed.

En 1994, mon père a fait un AVC et ne pouvait plus continuer à s’occuper du Relais. Ce fut donc Suzanne et son époux, Yves Gicquel, qui se sont occupé de la gestion de l’établissement. M. Gicquel, ancien professeur au collège Chouaib Doukkali à El Jadida avait regagné la Réunion en 1972 mais, après avoir pris sa retraite en 1993, il retourna au Maroc.

La gestion du Relais continua de cette façon. Mon père mourut en 2005 alors que maman, Marie Zanca, est décédée le 1er mai 1998. C’est ce qui nous a poussé à vendre l’établissement en 2007. Le nouvel acquéreur, Abdallah Samir, est une personne que nous connaissons bien puisqu’il est jdidi.

Aujourd’hui encore, nous allons, de temps en temps, au Relais qui a gardé presque intact son cachet d’autrefois et qui nous rappelle, à chaque visite, ces agréables années de joie et de simplicité que nous y avons passé avec nos parents, nos amis et nos clients, sur ces lieux magiques et inoubliables.

jmahrim@yaho.fr

About the Author

-

laissez un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>