Jehanne Guignepain journaliste née à Mazagan
Par Mustapha Jmahri (écrivain)
Jehanne Guignepain est née à Mazagan en 1935. Quand je l’ai rencontrée, en 2008, chez elle à Paris, elle m’a dit en arabe : « Je suis bent lebled » ce qui voulait dire qu’elle était la fille du pays. Elle m’a d’ailleurs raconté qu’elle avait essayé, un jour, de rectifier la dénomination de son lieu de naissance par le nom actuel d’El Jadida mais l’employé de l’état civil lui a signifié que ce n’était pas possible. Elle savait pourtant que ce n’était pas faisable mais c’était surtout, pour elle, par principe.
La famille Guignepain est arrivée à El Jadida dans les années 1920. Son père, Parisien, fils de militaire, avait fait l’école d’agriculture du Havre, puis celle de Philippeville en Algérie. C’est dans cette école qu’un ami lui conseilla de regagner le Maroc où de nombreuses opportunités de travail existaient. Sa mère, française également, est née en Provence. Le couple débarque à Casablanca alors que le port était encore en construction. Ils sillonnèrent d’abord le pays du nord au sud. Monsieur Guignepain parlait couramment l’arabe qu’il avait déjà pratiqué en Algérie. Il s’arrêta enfin à Kenitra pour travailler à la société Mafaco. Il participa à l’implantation du coton, la greffe des orangers pour en faire des navels, l’acclimatation des mandarines et des pamplemousses ramenés des Etats-Unis. Il travailla ensuite dans une ferme de Sidi Slimane puis à Meknès. C’est dans cette dernière ville que naquit sa deuxième fille.
Jehanne Guignepain a fait sa scolarité à Casablanca à l’école du Carmel près du palais Mirabeau avant de partir, à 17 ans, à Versailles pour suivre des études supérieures de 1952 à 1955. Au terme de celles-ci, elle choisit de devenir journaliste.
De retour à Casablanca, elle entre en 1964 au journal Le Petit Marocain où elle s’occupa des pages culturelles et plus spécialement de la rubrique Arts. D’après Jehanne, le journal était alors du côté du pouvoir. Selon elle, la vie de ce quotidien comprend deux périodes : la première, sous la direction d’Yves Mas et avec De Simpel comme rédacteur en chef, fut la meilleure à ses yeux, ensuite commença le temps de l’hégémonie de dirigeants venus directement de France et qui se comportaient en maîtres absolus.
En 1967, Jehanne, alors mariée et voulant profiter de son expérience journalistique, part avec son mari pour Paris afin de passer le concours d’attaché de presse au ministère des Affaires étrangères. Leur espoir d’être nommé au Maroc sera vain : ils voyageront en Afrique : Ouganda, Kenya et Tanzanie.
Jehanne n’a jamais caché son attachement à Mazagan et au Maroc. Elle m’a d’ailleurs raconté que toute sa famille respectait ce pays car elle avait toujours vécu au contact des gens du peuple. Elle se rappelle d’ailleurs que le jour de l’enterrement de ses parents à Kenitra, les Marocains à l’église étaient plus nombreux que les Européens. Enfin, elle n’a pas oublié non plus que sa famille fut mise à l’écart par la communauté française, lorsqu’elle a pris parti contre l’exil du Roi Mohammed V à Madagascar.
jmahrim@yahoo.fr
















