Une autre belle histoire sur mon frère feu Si Mohammed Jmahri
Par Mustapha Jmahri (écrivain)
Dans un précédent article paru sur le site mazagan24 et dans le journal Libération, j’évoquai la disparition tragique de mon frère Si Mohammed Jmahri victime d’un accident de circulation survenu la nuit du samedi 17 décembre 2016. J’ai donné alors quelques exemples du comportement humain de mon frère envers les gens et les gestes fraternels et généreux qu’il leur manifestait.
La parution de cet article a suscité de belles réactions de plusieurs personnes qui le connaissaient soit dans le cadre amical, soit dans le cadre du travail. L’une de ces personnes n’est autre que son comptable Si Bouchaib B. qui m’a raconté cette histoire très touchante sur le défunt.
L’histoire remonte à 1991, mon frère venait juste de créer son studio de photographie et donc sollicita les services du comptable. A la fin de ladite année, le comptable déposa le bilan au service concerné et demanda à mon frère ses honoraires. Un petit malentendu eut lieu entre les deux hommes mais il fut vite réglé entre eux grâce à la médiation bienveillante de leur ami commun, le gérant de la société de location de voitures Narjiss Car.
Le temps passant, ce petit incident fut oublié et la coopération entre mon frère et le comptable continua d’une façon normale jusqu’à la disparition de mon frère, 25 ans plus tard.
Un jour, le comptable eut l’idée d’aller passer quelques jours à Fès et donc il prit sa voiture et emmena femme et enfant. A l’approche de la ville de Fès, il téléphona à mon frère pour l’informer qu’il serait absent pour trois jours. Sur ce, mon frère lui demanda de le rappeler dès qu’il entrerait en ville. C’est ce que fit le comptable une heure plus tard. Mon frère lui demanda alors d’aller se garer à côté du supermarché Acima et d’attendre.
Si Bouchaib le comptable ne savait pas au juste ce que cherchait mon frère, ni qui ou quoi attendre, mais il s’exécuta. A un certain moment, il remarqua une voiture noire qui rôdait autour de lui. Le chauffeur finit par descendre et demanda au comptable s’il venait d’El Jadida, ce dernier répondit par l’affirmative et l’homme lui intima l’ordre :
– Suivez-moi
Si Bouchaib ne comprenait pas ce qui se déroulait devant ses yeux. Il a même ressenti un peu de gêne mêlée à une certaine crainte. Il se sentait entraîné, malgré lui, dans une histoire dont il ne comprenait pas les tenants et les aboutissants.
Après un quart d’heure de circulation, l’homme s’arrêta devant une résidence touristique et descendit de sa voiture. Il tendit à Si Bouchaib une clé avec un numéro.
– Voilà Monsieur la clé de votre chalet, allez vous reposer, c’est un cadeau de Si Mohammed Jmahri.
Le comptable me raconta qu’il lui a fallu un bon moment pour comprendre enfin que ce qu’il était en train de vivre n’était pas un rêve. A partir de ce jour-là, il comprit que Si Mohammed Jmahri était un homme au grand cœur.
jmahrim@yahoo.fr
















