Rencontre à Rennes avec Ivan Jablonka, auteur de Laëtitia
Par Mustapha Jmahri (écrivain)-_-
Le dernier ouvrage de l’historien français Ivan Jablonka « Laëtitia, ou la fin des hommes » a reçu récemment deux prix littéraires, celui du journal Le Monde et le Médicis reçu le 3 novembre 2016. Ce nouveau livre, considéré par les critiques comme un « texte de non fiction », figurait également sur la liste de deux autres prix prestigieux le Goncourt et le Renaudot.
Dans les différentes rencontres organisées en France pour présenter son ouvrage, l’auteur a parlé longuement de son livre mais sans jamais le qualifier de roman. D’ailleurs sur la couverture sont signalés uniquement le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage et la maison d’édition sans l’étiquetage du genre. Tout cela ne pose aucun problème pour cet écrivain du réel comme il aime dire de lui-même et comme il l’a réaffirmé à la rencontre aux Champs Libres, la médiathèque de Rennes, le 15 septembre dernier. Ce livre est une enquête sur un fait divers, un meurtre qui a secoué la France en 2011. En effet, dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à quelques mètres de chez elle, avant d’être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s’est transformé en affaire d’État : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du « présumé coupable».
C’est donc à partir de ce fait divers qui a bouleversé la France en son temps que l’historien Ivan Jablonka s’est mobilisé pendant deux ans pour rencontrer les proches de la jeune fille et les acteurs de l’enquête, avant d’assister au procès du meurtrier en 2015. Ivan Jablonka a étudié le fait divers comme un objet d’histoire et la vie de Laëtitia comme un fait social. Pour l’auteur, écrire cette histoire en 400 pages (parue au Seuil) c’était rendre service à toute la société. Il précise en ce sens : « Je me suis dit que raconter la vie d’une fille du peuple massacrée à l’âge de 18 ans était un projet d’intérêt général, comme une mission de service public ».
D’après Valérie Trierweiler dans sa chronique parue dans Paris-Match du 22 septembre 2016, l’auteur a réussi à transformer un fait divers en une passionnante réflexion sur la violence sociale et le malaise français. Ceci dit, la journaliste se pose la question que plusieurs lecteurs en France et ailleurs se sont posée au sujet de la nature de ce livre et également sur son auteur : est-ce un travail d’historien ? De sociologue ? D’écrivain ? Elle finit par répondre qu’il s’agit d’une œuvre humaniste, un genre véritablement novateur.
En fin de compte, il faut dire que la nouvelle écriture en France balaie les frontières tout en restant à l’écoute des lecteurs et des lectrices. La vitalité des sciences sociales n’est-elle pas plutôt en train de redessiner les contours de la littérature française ?
jmahrim@yahoo.fr
















