Abdellah Shoklat et les années Dufour
Par Mustapha Jmahri (écrivain)-_-
Abdellah Shoklat, né en 1926 à El Jadida, nous a quittés il y a quelques jours. Avec sa disparition, une autre mémoire de la cité s’est définitivement envolée. Visage incontournable des années cosmopolites de la ville d’El Jadida, Si Abdellah était l’un des employés de Mme Dufour, célèbre propriétaire du Cinéma Paris et d’un restaurant-bar au centre-ville. Quand, dans les années 70, sera institué la loi de la marocanisation, Mme Dufour prit Abdellah Shoklat et son autre employé, Haj Salah, en tant qu’associés comme l’exigeait la loi en question. Si Abdellah m’expliqua, qu’au moment de la transaction, les deux nouveaux associés ne disposaient pas du capital suffisant pour honorer leur part et Mme Dufour dut intervenir en leur faveur auprès de la banque pour obtenir les crédits nécessaires. Si Abdellah collabora, ensuite, avant sa retraite, avec Si Mohammed Amor qui fit l’acquisition du cinéma avant la cessation définitive d’activité de cette salle.
J’avais rencontré le défunt juste trois jours avant son décès et il ne cessa de me raconter ce qu’il savait d’El Jadida d’antan. Sa nièce, Laila, à laquelle j’ai présenté mes condoléances, m’informa des conditions malheureuses de son décès. Une urgence d’apparence banale : après avoir mangé un melon, il sentit des crampes dans l’estomac. La polyclinique diagnostiqua un problème au niveau des intestins et Shoklat devait décéder à la suite de l’opération chirurgicale qu’il avait subie.
Si Abdellah Shoklat fut l’un de mes 32 témoins pour mon livre « Souvenirs marocains, El Jadida au temps du Protectorat » paru en 2009. C’était Laila, sa nièce, qui avait facilité mes contacts avec son oncle. Il m’avait reçu en compagnie de mon collègue Mokhtar Timour. Comme il avait travaillé dans la restauration pendant le Protectorat, il avait ainsi côtoyé et connu beaucoup d’anciens mazaganais marocains et étrangers et parlait d’eux avec la plus grande nostalgie.
Dans son témoignage paru dans mon livre aujourd’hui épuisé, il parla du couple Dufour qui employait une trentaine de personnes affectées soit à l’hôtel Beaulieu, soit au cinéma ou soit au restaurant. Il avait tenu à qualifier Mme Dufour de « femme remarquable et généreuse qui entretenait une relation humaine et paternaliste avec ses employés ». Lors de notre dernière entrevue, il a évoqué également son travail en extra au casino qui était bâti sur la plage d’El Jadida et qui était tenu par le couple Weuvert.
Paix à son âme.
















