L’artiste Alberto Scala et l’expérience jdidie
Par Mustapha Jmahri (écrivain) 
Après avoir passé 25 ans de sa vie à El Jadida, le metteur en scène d’opéra Alberto Scala quittera cette ville malgré lui en septembre prochain. Pour des raisons de santé Alberto Scala, arrivé dans notre ville en 1992, a choisi de retourner chez lui à Bologne en Italie son pays d’origine. En effet, Alberto précise, qu’à El Jadida son assurance maladie n’est pas opérante et, de ce fait, il ne peut bénéficier d’une couverture médicale.
Avant de s’établir à El Jadida, Alberto venait souvent au Maroc et adorait y passer ses vacances d’été surtout dans la coquette station de Oualidia. C’est ainsi qu’il a découvert un jour la cité d’El Jadida et qu’il a choisi d’y rester.
Après des études de théâtre à l’académie d’art dramatique de Bologne, ville qui possède la plus ancienne université d’Europe, il a mis en scène de grands opéras tels ceux de Verdi et de Puccini. Au Maroc, Alberto s’est efforcé à transmettre, un tant soit peu, son savoir aux jeunes marocains. C’est ainsi qu’il a monté une pièce de théâtre sous l’égide de l’Alliance franco-marocaine et elle fut jouée dans la salle de l’Alliance à El Jadida. La réussite de la pièce fut telle que la troupe fut invitée à des représentations aux Instituts français d’Agadir, de Safi et d’Oujda.
Par ailleurs, Alberto a donné des cours particuliers de langue italienne à un groupe d’élèves de l’école Charcot puis, pendant une courte période, à l’association des Doukkala.
Alberto avoue que son expérience de théâtre avec les jeunes à El Jadida a été une expérience riche en enseignement, mais ce ne fut pas aussi facile qu’on pourrait le croire. La première difficulté venait du fait que les jeunes de la troupe, six garçons et deux filles, ne respectaient pas toujours les horaires des répétitions et qu’il a fallu plus d’une année pour que la pièce soit apprise. La deuxième difficulté venait du fait que le théâtre n’entre pas dans l’éducation des enfants marocains et des jeunes en général alors que l’éducation artistique fait partie de la culture des pays européens et notamment en Italie. Dans son pays comme en Europe, les théâtres se trouvent dans toutes les villes et souvent dans la même cité se trouvent des théâtres de différentes dimensions. Notre interlocuteur avoue également que les présentations théâtrales ne sont pas matériellement faciles à monter et parce qu’elles exigent un financement conséquent. Ainsi un spectacle d’opéra, en Italie par exemple, nécessite la contribution de l’Etat et des institutions financières comme les banques.
Au sujet de la situation culturelle à El Jadida où il a vécu un quart de siècle, Alberto juge que « la situation culturelle n’est pas extraordinaire, alors qu’il y a beaucoup d’écrivains et d’artistes mais ils manquent de moyens et d’encouragements. En effet, précise-t-il, il ne s’agit pas ici d’une critique mais d’une simple constatation car, vis-à-vis de la culture, chaque pays a ses habitudes ».
Mais s’il est une expérience qui a beaucoup marqué Alberto, c’est bien sa participation, avec d’autres bénévoles marocains et étrangers, à la création d’une crèche pour les enfants abandonnés dans l’enceinte de l’hôpital Mohammed V. Constituée au début d’une simple chambre, elle fut ensuite construite séparément et porte depuis ce jour le nom d’un de ses fondateurs feu docteur Sebban. Alberto s’est impliqué dans cette aventure pendant une quinzaine d’années avant de se retirer au bénéfice de femmes marocaines qui ont réussi à prendre le relais.
Alberto constate qu’aujourd’hui à El Jadida il n’y a presque pas de présence italienne alors que cette ville a abrité jadis une communauté italienne importante dont certains membres sont enterrés au cimetière européen et qu’il y avait même un vice-consulat italien à la fin du XIXème et début du XXème siècle.
Souhaitons à Alberto Scala, qui apprécie profondément le Maroc et les Marocains, un bon retour dans son pays et qu’il garde de notre cité, El Jadida, les meilleurs souvenirs de sa vie.
















