Published On: dim, Juin 12th, 2016

Rachid Ait Kaci, le caricaturiste jdidi n’est plus

Share This
Tags

par : Mustapha Jmahri (écrivain)–            ait kaci rachid

C’est avec une infinie tristesse que ses amis jdidis ont appris le décès, le 22 mai 2016, en région parisienne, du dessinateur, caricaturiste et scénariste Rachid Ait Kaci connu sous le pseudonyme de Kaci. Il souffrait d’une insuffisance rénale et était obligé de suivre un traitement de dialyse tous les deux jours.

Rachid était né en février 1942 à Mostaganem en Algérie mais avait passé toute son enfance et sa jeunesse à El Jadida, au Maroc, où il a vécu jusqu’en 1962  avant de rentrer avec sa famille à Alger. En fait, le père de Rachid, Mohammed Ait Kaci, était connu à El Jadida par l’établissement scolaire qu’il dirigeait du temps du Protectorat et après l’Indépendance, établissement connu sous le nom de « skouilat Kaci » et dont le nom actuel  est collège Mohammed Rafy. Le défunt est également le neveu du leader marocain feu Ali Yata, grande figure de la gauche marocaine.

Après ses études à l’Ecole des beaux-arts d’Alger (tapisserie contemporaine) et à l’Académie des arts appliqués de Sofia en Bulgarie (design textile), il fait ses débuts, en 1965, comme dessinateur à l’hebdomadaire Algérie-Actualités. Là, il crée le personnage de Tchipaze qui sera vite adopté par les lecteurs de l’hebdomadaire. Cette première BD sera publiée en album par le journal en 1968. Ainsi devait-il très vite émerger sur la scène des dessinateurs et caricaturistes maghrébins et ses premières productions parurent notamment  dans le quotidien officiel El Moujahid.

Il s’installe à Paris en 1973 et travaille comme dessinateur caricaturiste de presse pendant une quinzaine d’années, en exclusivité pour le magazine Jeune Afrique. Puis son talent continua à s’exprimer en free lance dans un très grand nombre de titres de presse : Courrier International, le Nouvel Economiste, Libération, Sciences et Vie, En-Nahar ou encore L’Histoire et bien d’autres publications internationales comme Nous Deux et Play Boy. Sans oublier sa collaboration à des revues d’entreprises ou syndicales comme la SNCF, Accor, FO et Suez

Avec « Bas les voiles », album paru à Paris en 1984, c’est un regard sans concession qu’il jette sur le sort fait aux femmes dans le monde arabe et musulman. Cet ouvrage a été réédité à deux reprises. Il a aussi travaillé pour des institutions multilatérales comme l’Unesco et l’OMS pour leurs publications ou campagnes. C’était un créateur doué pour créer aussi des affiches de cinéma et de théâtre.

Homme de talent, humaniste, humble et courtois, il reçut pour son travail une reconnaissance internationale dans les salons de la caricature et du dessin d’humour par des prix mérités notamment à Montréal en 1982, à Borj el-Kifane en 1986 et à Saint-Just-le-Martel en 1990. En octobre 2013, le 6ème Festival international de la BD d’Alger lui a rendu hommage avec une exposition personnelle et la remise du Grand prix d’honneur.

Rachid avait beaucoup d’amour pour la ville d’El Jadida où il a vécu les plus belles années de sa vie. Sa sœur Fatima, installée aujourd’hui en France, nous rappelle que l’intérêt de son frère pour le dessin s’est révélé à El Jadida à l’école et au collège. D’ailleurs sa première commande est venue du club de football DHJ qui lui a confié, en 1962, la réalisation d’affiches annonçant une rencontre de football. Ainsi ne manquait- il jamais d’y revenir en pèlerinage lors de ses séjours au Maroc.

Le défunt a été inhumé, loin de son pays, dans le carré musulman du cimetière de Thiais, en région parisienne. C’est désormais le repos éternel pour cet artiste ou ce « Marin errant » selon le titre du recueil du poète  égyptien Ali Mahmoud Taha.

jmahrim@yahoo.fr

About the Author

-

laissez un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>