Published On: mar, Mar 22nd, 2016

Mme Delanoë n’est pas Mme « Chabou » et Guy Delanoë n’était pas menacé par l’OAS

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Par Mustapha Jmahri (écrivain)

J’ai lu récemment sur un support papier comme sur des sites internet locaux d’El Jadida, deux articles, en arabe, d’auteurs différents parlant de la doctoresse française Mme Eugénie Delanoë qui a vécu à El Jadida au temps du Protectorat. Ces auteurs qualifient la doctoresse Delanoë de Mme Chabou ou « la femme au chapeau ».
Tout de suite, il faut répondre que c’est une erreur. Mme Chabou n’est pas la doctoresse Delanoë.
Mais avant de préciser le nom de la vraie personne qui s’appelait Mme Chabou, en fait Mme Chaperon, je voudrais rappeler une règle d’or qu’on avait apprise lors de notre formation en journalisme : c’est qu’avant d’écrire sur un sujet donné, il faut d’abord commencer par rassembler les écrits qui l’ont déjà abordé. Ce n’est que devant l’absence d’écrits qu’on peut recourir aux témoignages de personnes, cependant averties.
Dans le cas d’espèce, les écrits sur la famille Delanoë sont disponibles actuellement en vente en librairie et même gratuitement aussi dans les endroits dédiés à la lecture publique.
J’ai moi-même écrit sur la doctoresse Delanoë dans au moins deux de mes livres parus dans la série Les cahiers d’El Jadida notamment dans mon livre consacré à l’histoire de la santé publique intitulé « Médecines et médecins à El Jadida » et dans un autre ouvrage intitulé « La communauté juive d’El Jadida ». Justement, ce dernier livre a été préfacé par l’historienne Nelcya Delanoë, petite-fille de la doctoresse Eugénie Delanoë.
Nelcya Delanoë qui est née et a grandi au Maroc a aussi consacré à sa grand-mère un livre intitulé « La femme de Mazagan » où jamais elle ne l’appelle Chabou. D’ailleurs, elle vient de me confirmer qu’elle n’a jamais entendu cette appellation pour sa grand-mère (elle était à El Jadida en ce 8 mars).
L’article en arabe contient aussi d’autres erreurs au sujet, cette fois-ci, du docteur Guy Delanoë en prétendant qu’il était, vu sa position pour l’indépendance du Maroc, menacé par l’organisation OAS. Cette affirmation est fausse. L’OAS a sévi en Algérie et pas au Maroc. Le docteur Delanoë était menacé par l’organisation appelée « Présence Française ».
J’ai consacré au docteur Guy Delanoë, que j’ai personnellement connu, une contribution documentée parue dans le volume dédié aux Français libéraux et qui a été publié en 2013 par le Haut commissariat aux Anciens résistants et Membres de l’armée de libération.
Dans un troisième article, un autre correspondant écrit au sujet du Château rouge que son premier propriétaire est espagnol. C’est une erreur. Il s’agit, en fait, du français Buisson. J’ai eu l’occasion de rencontrer sa fille qui m’a donné un témoignage complet lequel témoignage figure dans mon livre « Paroles de Mazaganais ».
A ce propos, je me pose la question suivante : pourquoi les auteurs de ces articles ne daignent-ils pas lire ce qui existe localement avant d’écrire ou, a fortiori, contacter les personnes compétentes.
Je me rappelle qu’en 1973 à l’antenne de la Faculté de droit, place Mirabeau, à Casablanca, alors qu’il n’y avait pas encore d’université dans cette ville, Mohammed Lahbabi, professeur et économiste, nous donnait un cours d’économie politique. Si Lahbabi aimait discuter avec nous et nous aimions l’écouter quand il nous parlait de sa longue expérience dans la vie, dans la recherche et dans la haute administration. Une fois, il nous a parlé de sa visite au journal « Le Monde ». Il allait alors écrire sur un sujet déterminé et le documentaliste a mis devant lui une pile de documents dont il devait prendre connaissance avant d’entamer son papier.
Quelques années plus tard, j’ai intégré le troisième cycle de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat. Nos professeurs nous rappelaient une règle essentielle pour l’écriture journalistique : se documenter au préalable, citer les sources et rechercher l’équilibre des points de vue.
Enfin, on ne cessera pas de rappeler qu’avant d’aborder un sujet, il faut toujours rechercher l’existant. Il est bien évident que la documentation nécessite un certain effort moral et financier alors que la plupart des journalistes recherchent la facilité, le gratuit et le moindre effort mais c’est oublier la règle d’or pour réussir son projet, ne serait-ce qu’écrire un article de presse. Il faut toujours recourir à la documentation et, si on ne peut pas l’acheter, elle est disponible gratuitement dans les lieux de lecture publique ou en contactant directement les personnes qui en sont la source.

 

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