• La victoire du PJD est surtout la victoire d’un homme
• La victoire du PJD est surtout la victoire d’un homme : Abdelilah Benkirane. Chef ultra-charismatique, orateur exceptionnel, il sait capter comme personne l’humeur populaire pour la traduire en discours parfaitement lisibles par l’électorat. Pour une formation politique, ce type de profil n’a pas de prix. Loin d’être usé par l’exercice du pouvoir, il est une arme atomique, un bouton nucléaire pouvant faire basculer un scrutin à lui seul. Il vient de le prouver. Clonez Benkirane, placez-le à la tête d’un Hizbicule sans envergure, donnez lui cinq ans et il jouera sans doute un rôle de premier plan dans le théâtre politique de ce pays.
• Résumée grossièrement, la victoire du PJD est celle d’une pratique politique saine, sincère, morale, honnête quoique modeste dans ses ambitions. Le marocain des villes utilise le PJD comme une sorte de vaccin anti-corruption, « purifiant » des arrondissements et des communes longtemps la propriété symbolique de barons locaux (cyniques et intéressés).
• Les Marocains ont préféré des élus moralement intègres, à des bêtes de « conseils », politicards professionnels, carriéristes, affairistes, grandes gueules et profiteurs… Plus logique que ça tu meurs ( politiquement comme Chabat)!
• Bien qu’il soit au pouvoir depuis quatre ans, et qu’il justifie d’un bilan mitigé, le PJD reste une formation politique plutôt vierge comparée aux partis nationaux et administratifs (qui se relaient depuis soixante ans à la gestion de ce pays avec les résultats que l’on connaît). En leur octroyant de larges pouvoirs (nationaux et locaux), les marocains expriment leur rejet définitif d’un passé sombre et s’accrochent à une promesse d’avenir. Du coup, ils sont disposés à patienter pour goûter aux résultats de leur vote. L’état de grâce des islamistes n’est pas près de s’achever.
• Les résultats des deux scrutins, rendent comptent d’une concordance, voire d’une symétrie parfaite entre le conservatisme prégnant de notre société et le logiciel de valeurs du PJD. La campagne, à quelques exceptions près, ne s’est pas jouée sur des programmes clairs. Elle a été l’occasion de dérouler un corpus de valeurs, de croyances, de mythes, de clichés. On a voté en fonction de l’idée vague et générale qu’on se fait de chaque parti. D’un stéréotype, en somme. Partant de là, le référentiel religieux du PJD a joué à plein, comme en 2011, notamment auprès des classes moyennes urbaines ( de plus en plus) islamisées.
• Maîtres du story-telling, les cadres du PJD ont très tôt développé une dialectique particulièrement efficace. « Certes, nous avons le pouvoir disent-ils, mais cela n’est qu’une illusion d’optique : en réalité, nous sommes cernés par une meute de comploteurs qui travaillent à notre perte ». La théorie de la victimisation a rapidement imbibé les consciences. En meeting, Benkirane se prétend même l’objet de menaces de mort : « On veut me liquider » répète-t-il à souhait, soulevant une houle d’indignation sincère dans le public. L’empathie est totale.
• Le PJD fait preuve d’un sens de la pédagogie sans précédent dans une scène politique où le secret, la dissimulation et le double discours règnent en maîtres absolus. La propension qu’a Benkirane à avouer ses fautes, ses échecs et son impuissance, est d’une redoutable efficacité. En meeting, il dit comprendre volontiers qu’on ne vote pas pour son parti à cause des multiples hausses des prix appliqués durant son mandat. Mais il ajoute que ces hausses sont une douloureuse nécessité et que mieux vaut un kilowatt-heure plus cher qu’une situation de pénurie dans quelques années. Applaudissements nourris. Compréhension optimale. Vote garanti.
Perso, j’aurais apprécié une percée de la FGD, mais dans l’absolu, je le pense, le Maroc peut se satisfaire de l’issue de ces élections.

















