Crise diplomatique Maroc-France :La “maîtresse” crie au scandale
Par : AufaitMaroc-_-_
Le Maroc est une “maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre.” Ce sont les mots à l’origine de la crise qui secoue depuis jeudi les relations diplomatiques entre le Maroc et la France. Des propos rapportés par l’acteur pro-sahraoui Javier Bardem, et repris par les médias français. Mais ce n’est pas tout : la plainte déposée par une ONG contre A. Hammouchi, patron de la DGST, a fâché Rabat.
Aminatou Haidar et Javier Bardem, lors d’une conférence de presse à Paris le 18 février dernier. Conférence durant laquelle l’acteur espagnol a rapporté les propos de François Delattre. L’ambassadeur de la France aux Etats-Unis aurait en 2011, qualifié le Maroc de “maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre.” /DR
Aminatou Haidar et Javier Bardem, lors d’une conférence de presse à Paris le 18 février dernier. Conférence durant laquelle l’acteur espagnol a rapporté les propos de François Delattre. L’ambassadeur de la France aux Etats-Unis aurait en 2011, qualifié le Maroc de “maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre.” /DR
D’ordinaire harmonieuses, les relations diplomatiques entre le Maroc et la France sont plus que tendues depuis vendredi soir.
En quatre jours, le gouvernement marocain a émis à deux reprises des protestations publiques contre la France, à la suite de poursuites contre un fonctionnaire de haut rang et de révélations de l’acteur espagnol Javier Bardem sur la diplomatie française.
Dimanche, le gouvernement marocain, par le biais de son ministre de la Communication et porte-parole, Mustapha El Khalfi, a déploré “profondément les mots blessants et les expressions humiliantes attribués à l’ambassadeur de France à Washington”.
Des propos qu’a rapportés Javier Bardem selon lequel ils avaient été tenus par François Delattre en 2011, qualifiant le Maroc d’une “maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre. Autrement dit, on détourne les yeux”…
“Des propos qui ont blessé l’ensemble des Marocains”
Ces propos ont été évoqués jeudi par Javier Bardem, fervent défenseur de l’indépendance du Sahara et personnalité connue pour son hostilité viscérale envers l’intégrité territoriale du Royaume. Prononcés lors d’une conférence de presse donnée le 18 février en France par l’acteur, ils ont été rapportés par plusieurs médias français dont Le Monde.
Samedi, le Quai d’Orsay s’est fendu d’un démenti catégorique sur les propos attribués à l’ambassadeur de France aux Etats-Unis: “Les propos qui sont prêtés en off à notre ambassadeur à Washington n’ont jamais été tenus”, a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal, lors d’un point de presse.
Il n’en reste pas moins que dimanche, Mustapha El Khalfi a estimé dans un communiqué, que ces propos sont d’autant plus “scandaleux et inadmissibles que le gouvernement du Royaume du Maroc ne cesse d’œuvrer pour le renforcement des relations bilatérales, sur la base de l’amitié sincère, du respect réciproque et du partenariat mutuellement bénéfique”.
Le gouvernement marocain “demeure persuadé que la France saura réparer le mal qui a été causé par ces propos, qui ont blessé l’ensemble des Marocains et Marocaines”, ajoute encore El Khalfi.
Ceci d’autant plus que les propos attribués à François Delattre interviennent en plein coup de froid dans les relations diplomatiques franco-marocaines, causé par la plainte déposée par une ONG française contre Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST).
Abdellatif Hammouchi et la plainte pour torture
L’agence de presse française AFP a en effet rapporté la semaine dernière, que l’ONG française Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) a demandé l’audition du patron de la DGST pour des accusations d’une prétendue “complicité de torture au Maroc”.
Sans passer par les canaux diplomatiques, sept policiers se sont rendus à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Paris pour lui notifier une convocation.
Suite à cet incident, Mbarka Bouaida, ministre déléguée aux Affaires étrangères et à la coopération, a convoqué vendredi soir au siège du ministère, l’ambassadeur de France à Rabat, Charles Fries, “pour lui signifier la protestation vigoureuse” du Royaume à la suite de ces informations.
La France a pour sa part demandé samedi, que toute la lumière soit faite, le plus rapidement possible, sur la demande d’audition du directeur général de la surveillance du territoire (DGST)
“En réponse à la demande des autorités marocaines, nous avons immédiatement demandé que toute la lumière soit faite, le plus rapidement possible, sur cet incident regrettable, dans l’esprit de l’amitié confiante qui lie la France et le Maroc”, a souligné le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Romain Nadal dans une déclaration.
“Le Maroc rejette, catégoriquement, aussi bien la procédure cavalière et contraire aux usages diplomatiques et davantage encore les cas judiciaires, sans fondements, évoqués”, a indiqué un communiqué du département des AE.
Rappel des faits
En effet, Abdellatif Hammouchi fait l’objet de plusieurs plaintes déposées en France. La plus récente a été déposée le 20 février par l’avocat de Naâma Asfari, un des condamnés du procès Gdim Izik (émeute près de Laâyoune en novembre 2010). Il a avancé avoir été frappé et affamé dans les prisons de Laâyoune, à la veille du procès.
Une autre plainte, déposée avec constitution de partie civile par Adil Lamtalsi, un Franco-Marocain de 33 ans, avait donné lieu à l’ouverture fin 2013 d’une information judiciaire à Paris à l’encontre de M. Hammouchi.
Adil Lamtalsi, trafiquant de drogue reconnu coupable par un tribunal marocain, condamné en 2008 à 10 ans de prison, et transféré en France pour y purger sa peine, accuse en effet M. Hammouchi de “complicité de torture”.
Il affirme avoir été arrêté en octobre 2008 près de Tanger, puis torturé pendant trois jours à Temara, avant qu’“on ne l’oblige à signer des aveux”.
Et comme pour enfoncer le clou, une nouvelle plainte pour “torture” a été annoncée dimanche en France, contre le patron du contre-espionnage marocain par l’avocat d’un ancien champion de boxe light-contact, Zakaria Moumni, condamné et détenu pendant 17 mois au Maroc entre 2010 et 2012.
Javier Bardem allume la mèche
L’acteur espagnol Javier Bardem, a allumé la mèche de la discorde entre la France et le Maroc, lors d’une conférence de presse de présentation à Paris le 18 février dernier, d’un film qu’il co-produit.
“Les enfants des nuages, la dernière colonie” qui sort sur les écrans français en avril est un documentaire sur les camps de Tindouf.
Très engagé depuis 2008 sur l’autonomie du Sahara et farouchement anti-marocain, l’acteur qui présentait son film avec à ses côtés l’activiste sahraouie Aminatou Haïdar, a à cette occasion, critiqué la position de la France “pays des droits de l’homme” sur la question.
















