Published On: sam, Mai 8th, 2021

Driss Ameur, in memoriam

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Driss Ameur, in memoriam

Par Mustapha JMAHRI

Driss Ameur ou Driss Sbaï c’est comme ça qu’on l’appelait dans notre enfance. Il faisait partie de ces deux anciennes familles jdidies. Certains élèves de son quartier l’appelaient aussi parfois « le Gaucher » car effectivement il en était un. Driss était mon camarade de classe à l’école Tahdib de derb Ghallef, l’école, disait-on, des ouled lebled (les enfants de la cité). Notre directeur était le nationaliste istiqlalien Haj Mohammed Tazi. Si beaucoup des amis de Driss l’ont connu à l’âge adulte ou dans sa vie active, personnellement j’ai eu tout le plaisir de le connaître et de le côtoyer dans la phase de l’innocence et de la simplicité.

De là, je garde de Driss, décédé, prématurément, le 29 décembre 2009 suite à une rapide et redoutable maladie, l’image d’un enfant d’une extrême gentillesse et au sourire attachant. Nous nous sommes perdus de vue après le collège suivant l’orientation de chacun. Puis, plus tard, quand nous devenions responsables de familles, je l’ai retrouvé à El Jadida, sans qu’il ne perde son sourire caractéristique. Un sourire émanant du fond du cœur et qui, pendant toute sa vie, ne l’a jamais quitté.

Après notre retour de Casablanca, ma famille est allée s’installer dans notre ferme dans la proche banlieue d’El Jadida. Banlieue qui a totalement disparu depuis sous un tsunami de béton. Je parcourais alors cinq km pour venir jusqu’à l’école et c’est ainsi que j’accompagnais quelquefois Driss chez lui. Il habitait rue du docteur Blanc au quartier Marshan, c’est-à-dire presque dans les parages de notre école. Parfois, nous mangions ensemble. Je voyais sa maman mais pas son père qui était parti en France à cette époque. Lors de mes visites chez lui, nous en profitions pour faire quelques petites escapades dans l’entourage. C’est ainsi que, grâce à Driss, j’ai fait la découverte du Môle et de la côte rocheuse près de si-Daoui où les enfants du quartier venaient chercher les vers marins utilisés pour pêcher.

On était dans la classe avec d’autres enfants de la famille de Driss ou apparentées ainsi que d’autres familles jdidies. Je pense par exemple à Omar Sbaï, Driss Touati, Mohammed Lahlou, Fatima Belhouari, Fatima Afaf, les frères Rokhssi, les frères Lebbar, Kamal Tazi, Moulay Ahmed Harrari, Fatima Chorfi, Fariha Bahbouhi, Abderrahim Bansar, Aboukhassib, Fouzia Yahyaoui et bien d’autres camarades, dont j’ai oublié les noms, mais dont les visages restent à jamais ancrés dans ma mémoire.

Dans un deuxième temps, en l’année 1963, l’éloignement géographique entre Driss et moi allait beaucoup se réduire. En effet il vint parfois vivre avec sa maman dans une villa du Plateau chez son oncle maternel Abderrahmane Sbaï. Si Sbaï, ingénieur géographe, fut nommé chef du Service topographique et du cadastre d’El Jadida de 1963 à 1965 (dans les années 90, il sera nommé secrétaire d’Etat puis ministre délégué auprès du premier ministre). La villa de fonction qu’il occupait se situait à l’angle de l’avenue Brahim Roudani et la rue oued El-Makhazine. A l’époque, le Plateau était le dernier quartier bâti de la ville et il faisait office de frontière avec la banlieue. Il me suffisait alors une vingtaine de minutes pour arriver de ma banlieue jusqu’à chez lui. Je l’appelais et on prenait le chemin à pied vers notre école, quelquefois tous deux ou, parfois, avec un autre camarade Driss Touati.

Quand c’était le dimanche ou lors des vacances, je venais passer un moment avec Driss pour flâner sur l’avenue principale. Parfois aussi, dans l’insouciance de l’enfance, nous affolions les pigeons de la villa voisine qui était alors inhabitée. Dans ce quartier de coquettes villas vivait encore, à l’époque, une majorité d’Européens d’où l’appellation disparue de Diour Nssara ou Maisons des chrétiens. Presque en face de la villa où logeait l’oncle de Driss, on pouvait rencontrer les frères Azim qui avaient notre âge et dont le cadet sera, plus tard, délégué du ministère de l’Habitat à El Jadida. Mais quand la chance nous souriait, Si Abderrahmane Sbaï, avant de

regagner son bureau, nous emmenait dans sa Jeep de service. En passant par l’avenue Chouaïb Doukkali, une ou deux fois, nous remarquâmes notre jeune maîtresse de français Mlle Fatima Rahmoun (plus tard épouse de Mohammed Guerraoui, ancien gouverneur) qui se dirigeait vers l’école. Nous criâmes tous deux en la voyant : « c’est notre maîtresse, c’est notre maîtresse ». Si Sbaï s’arrêtait et prenait Mlle Rahmoun avec nous. A notre descente devant le portail de l’école, les autres élèves de notre classe nous regardaient avec des yeux émerveillés. Puis, la voiture partie, ils venaient nous bombarder de questions sans fin : Comment avez-vous fait pour être ensemble avec la maîtresse en dehors de la classe. Et comment c’est de venir en voiture, qui plus est, dans une Jeep grandiose ? Il faut dire qu’à l’époque rares étaient les personnes qui pouvaient avoir une telle voiture.

Le souvenir inoubliable que je garde de Driss dans les années 60, a fait que lors de la rédaction de mon autobiographie intitulée « A l’ombre d’El Jadida » parue chez l’Harmattan en 2012, j’ai évoqué cet épisode. Driss était la bonté même, vertu devenue plus rare aujourd’hui ; mais comme le disait Nelson Mandela : « La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher mais qu’on ne peut éteindre ».

jmahrim@yahoo.fr

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