Retour de Jean-Paul Ruis à El Jadida
Par Mustapha Jmahri

Après soixante ans d’absence, Jean-Paul Ruis en revenant à El Jadida, le 23 septembre 2019, sentit un petit pincement au cœur. Il ne retrouvait pas l’image qu’il avait gardée de la ville de son enfance et fut étonné de la disparition des cinémas. Mais il a retrouvé quelques anciens amis et c’était le plus important pour lui. Voici son témoignage :
Je m’appelle Jean-Paul Ruis et j’ai passé toute mon enfance et ma jeunesse à El Jadida. Mon père, Julien Ruis, était gendarme du temps du Protectorat et, après l’indépendance, il a vu son statut prolongé au Maroc au titre de coopérant technique auprès de la brigade de gendarmerie à Casablanca jusqu’en 1965. Mon grand-père, fonctionnaire au Haras d’El Jadida, y a passé 45 ans de sa vie. Il s’occupait également des courses de chevaux sur l’hippodrome. Ma mère, Geneviève dite Ginette Ruis née Parent, a épousé mon père à El Jadida. Comme les fonctions de mon père nécessitaient de fréquents déplacements, nous avons habité au domicile de mes grands-parents. Avec mes deux sœurs, nous allions à l’école dans un minibus du Haras tant nous étions loin du centre-ville. Une partie de notre scolarité s’est déroulée à l’école près du marché. El Jadida dans les années 40 et 50 était une belle ville qui disposait de tous les atouts : plage, hôpital, théâtre, lycée et marchés abondants. Il y vivait une communauté européenne importante : française, espagnole, italienne et portugaise. El Jadida était considérée comme une ville « tranquille » où tout le monde se connaissait. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, la situation sociale resta paisible malgré quelques restrictions au niveau du ravitaillement en certaines denrées alimentaires de base.
Le Haras où on habitait, était désigné comme la Remonte dédiée à la production de chevaux sous la supervision du vétérinaire, le docteur Auber. C’était un établissement de grande renommée dont l’action se prolongeait jusqu’à Settat et même à Sidi Kacem. Le roi Mohammed V a visité le Haras dans les années 1950. Il y avait beaucoup de personnel qui travaillait à la Remonte dont principalement des palefreniers. Une vingtaine de familles marocaines et étrangères y vivaient sur place. Je ne peux citer tous les noms mais il y avait par exemple, Pertuizé, dont le fils était devenu pilote de Valery Giscard D’Estaing, Dupied, un Suisse marié avec une Marocaine, Almodovar, Paul et Henri Parent, Patitucci premier mari de ma grand-mère, Herran, Pouquet (maréchal ferrant), Guggenbuhl (chef de groupe), Moulis, Chergui et Mokhtar.
J’ai quitté El Jadida en 1958 pour Casablanca. Puis, après un passage par Oran, j’ai immigré, en 1969, en Allemagne pour travailler et y vivre. Je vois qu’El Jadida aujourd’hui a beaucoup changé. Elle s’est agrandie et industrialisée. Sa population a quadruplé par rapport à la période que j’ai connue il y a un demi-siècle. Mais ce que je déplore, c’est un peu la dégradation de certaines chaussées, la prolifération de sacs de plastique emportés par le vent à droite et à gauche. La route de Marrakech, par exemple, n’a plus la même fraicheur aujourd’hui alors qu’elle était naguère une superbe avenue bien propre où l’on avait une vue directe sur l’extérieur de la ville. Je déplore aussi la disparition totale des salles de cinémas notamment le cinéma Paris et je ne comprends pas pourquoi les cinémas existent toujours en France alors qu’ils ont totalement disparus de Mazagan ?

















J’étais en classe avec Roger Pertuize.